Apport of blood cultures in the diagnosis of bacteremia in the teaching hospital of Brazzaville

janvier 2014, par Ontsira Ngoyi NE , Otiobanda GF , Mahoungou-Guimbi KC , Obengui , Moyen R , Moyen G

Introduction

La pathologie infectieuse occupe une place importante tant en Occident qu’en Afrique. La bactériémie, rencontrée au cours de certaines pathologies infectieuses se caractérise par un passage répété de microbes dans le sang. Sa manifestation clinique est la fièvre. L’hémoculture constitue le seul moyen permettant d’isoler et d’identifier l’agent responsable [1,2]. Il s’agit d’un examen important en pathologie infectieuse souvent non réalisé dans la plupart des hôpitaux Afrique, en raison de la qualité du plateau technique. Devant cette difficulté, le clinicien fait recours à l’antibiothérapie probabiliste basée sur les données cliniques et/ou épidémiologiques [3], elles même peu fiables. A Brazzaville, les données disponibles sont anciennes [4]. C’est dans ce contexte que, nous nous sommes intéressés aux hémocultures pratiquées dans le laboratoire de Bactériologie du Centre Hospitalier et Universitaire de Brazzaville (CHUB), dans le but d’établir la carte épidémiologique des bactéries responsables de bactériémies.

Méthodologie

Contexte

L’étude a été menée au laboratoire de Bactériologie du CHUB. Il s’est agi de la revue des données des registres du laboratoire entre mai 2007 et mai 2010. Pendant cette période, tous les prélèvements des malades hospitalisés dans le même hôpital ont été acheminés au laboratoire pour la réalisation d’une hémoculture. Les bactéries recherchées étaient les aérobies-anaérobies facultatives et les aérobies stricts. Pour des raisons techniques, les bactéries anaérobies n’ont pu être recherchées. Les milieux de culture utilisés étaient les flacons diphasiques HémolineR de Biomérieux. Les prélements d’hémocultures ont été effectués au lit du malade par ponction veineuse de 15 à 20 ml de sang chez l’adulte et de 5 ml de sang chez l’enfant, dans le respect des règles d’asepsie [5]. Ce sang était mis directement en culture. Les flacons d’hémoculture étaient acheminés au laboratoire dès après prélèvement.

Culture et identification

La culture a été faite en utilisant la méthode manuelle. Les flacons d’hémoculture ont été conservés à l’étuve à 37°C. L’examen macroscopique était réalisé quotidiennement à la recherche d’un signe témoignant d’une croissance visible : une turbidité, un voile en surface, une hémolyse du culot hématique ou la présence de colonies sur la phase solide [6]. Un examen microscopique à l’état frais et une coloration de gram ont ensuite été pratiqués devant un signe de positivité des flacons d’hémoculture. Des tests de stérilité ont été par ailleurs réalisés au troisième jour, cinquième jour par culture sur gélose au sang cuit ou sur gélose chocolat polyvitex. Un dernier test de stérilité a été réalisé en ensemençant une gélose ordinaire de type Mueller Hinton le septième jour. Ainsi, l’hémoculture n’était éventuellement déclarée négative qu’après un délai maximum de sept jours d’observation. Des galeries Api 20E, Api Staph de Biomérieux et le Kit Pastorex Strep de Biorad ont permis l’identification des souches bactériennes pour les hémocultures positives. La confirmation des souches de Salmonelles a été obtenue grâce au sérotypage utilisant les tests d’agglutination sur lame à partir de l’antisérum polyvalent puis des antisérums monovalents(O), (H) et (Vi) selon le schéma de Kauffman-White. Seules les hémocultures mono microbiennes ont été prises en compte dans cette étude. Les flacons d’hémoculture souillés par Bacillus ou présentant deux ou trois germes différents ont été écartés de ce travail.

Analyse des données

L’analyse des données a été faite avec le logiciel SPSS 12.0.

Résultats

Services demandeurs des hémocultures. La demande des hémocultures a été faite par les services de Médecine : 114 cas (56,43 %) parmi lesquels, 64 hémocultures (56,14 %) provenaient du service d’Hépato-Gastro-Entérologie, 23 hémocultures (20,17 %) du service de cardiologie et 19 hémocultures (16,66 %) du service des Maladies Infectieuses. Les autres services demandeurs des hémocultures étaient : le service de Pédiatrie 30 cas (14,85 %), le service de Réanimation polyvalente 34 cas (16,83 %) et le service de Chirurgie 17 cas (8,41 %).
Résultats des hémocultures Sur un total de 202 hémocultures réalisées, on notait 59 hémocultures positives (29,2 %). Les hémocultures positives ont concerné 34 malades de sexe féminin (57,62 %) et 25 malades de sexe masculin (42,37 %), soit un sexe ratio de 1,36. L’âge moyen des patients avec hémocultures positives était de 25,66 +/- 8,33 ans (extrêmes 9 mois et 85 ans). La figure 1 montre la répartition des patients selon les tranches d’âges

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Répartition des isolats selon les espèces. A partir de la coloration de Gram, les bactéries isolées se répartissaient en 25 cas (42, 40 %) de bacilles Gram négatif et en 34 cas (57,62 %) de cocci Gram positif. Parmi les cocci Gram positif, on notait les espèces ci-après : Staphylococcus aureus : 27 cas soit 79,41 % ; Staphylococcus epidermidis : 4 cas soit 11,77 % ; Streptococcus pneumoniae : 1 cas soit 2,94 % ; Streptococcus agalactiae : 2 cas soit 5,88 %.
Parmi les bacilles Gram négatif, on notait 23 cas d’entérobactéries (92%) et 2 cas de Pseudomonas aeruginosa (8 %). Les entérobactéries étaient constituées des espèces suivantes : Klebsiella pneumoniae : 7 cas (28 %, Escherichia coli : 6 cas (24 %), Salmonella typhi : 5 cas (20 %), Enterobacter cloacae : 3 cas (12 %) Autres entérobactéries : 2 cas (8 %)
De l’ensemble des cocci Gram positif et bacilles Gram négatif, les principales espèces bactériennes isolées se présentaient de la manière suivante : Staphylococcus aureus (45,76 %), Klebsiella pneumoniae (11,86 %), Escherichia coli (10,16 %), Salmonella typhi (8,47 %).
2.3 Répartition des isolats selon les services demandeurs de l’hémoculture Staphylococcus aureus était la bactérie la plus fréquente en médecine avec un taux de 58,06 % de l’ensemble des bactéries isolées dans ce service.
Klebsiella pneumoniae était la bactérie la plus fréquente en Réanimation polyvalente avec un taux de 38,46% de l’ensemble des bactéries isolées dans ce service. Pseudomonas aeruginosa était observé à un taux de 7,69 % de l’ensemble des bactéries isolées dans le même service. Le tableau I montre la répartition des bactéries isolées selon le service demandeur de l’hémoculture.

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Discussion

L’importance de l’hémoculture dans le diagnostic d’une bactériémie est connue [4]. De nombreux travaux y ont été consacrés. Tel est le cas de ceux de Dosso et de Ki-Zerbo [7,8]. Le présent travail s’inscrit dans le même registre. En effet à Brazzaville, les hémocultures sont d’avantage demandées par les services de Médecine, de Pédiatrie et de Réanimation polyvalente. Le taux de positivité des hémocultures, fonction du plateau technique, varie entre 15,5 % et 28 % [2,9]. Les résultats de ce travail ne sauraient comme dans toute étude hospitalière être étendus à l’ensemble des malades hospitalisés dans les services intéressés, en raison de son caractère rétrospectif. Cependant, les cocci Gram positif sont majoritairement isolées dans ce travail comparé aux bacilles Gram négatif. Ce constat est différent des conclusions des travaux d’Elouenass et Wolf [10,11], où les bacilles Gram négatif sont les plus observés. Parmi les bactéries identifiées, les plus fréquentes dans l’ordre décroissant sont, Staphylococcus aureus (45,76 %), Klebsiella pneumoniae (11,86 %), Escherichia coli (10,16 %), et Salmonella typhi (8,47 %). Ces résultats confirment les données des travaux antérieurs réalisés dans le même hôpital par Biendo [4], avec cependant un net recul de Salmonella typhi. Contrairement à notre travail, Maïga au Mali note que Salmonella enterica (20,76 %) est la bactérie la plus observée devant Staphylococcus aureus (19,4 %) et Escherichia coli (14,53 %). Alors que pour Baudat en Suisse Escherichia coli est la bactérie la plus fréquente (19,10 %), mais la présence des staphylocoques n’est pas négligeable puisqu’il rapporte un taux de 18,61 % pour Staphylococcus aureus et 16,87 % pour les Staphylocoques à coagulase négative. En fonction du service demandeur de l’hémoculture, Staphylococcus aureus est la bactérie la plus fréquente en médecine avec un taux de 58,06 % de l’ensemble des bactéries isolées dans ce service. Steinberg et Emori [3,12] ont rapporté en effet que Staphylococcus aureus est responsable de plusieurs types d’infections parmi lesquelles les bactériémies. En Réanimation polyvalente par contre, Klebsiella pneumoniae est la bactérie la plus fréquente avec un taux de 38,46 % de l’ensemble des bactéries isolées dans ce service. Dans le même service, Pseudomonas aeruginosa est observé à un taux de 7,69 % de l’ensemble des bactéries isolées du service, comme dans le travail de Elouenass au Maroc [10]. En pédiatrie, la prédominance de Salmonella typhi rapporté par Ogunleye [13] est confirmée par ce travail.

Conclusion

L’hémoculture, examen clé dans le diagnostic d’une bactériémie est faiblement demandé au CHU de Brazzaville. Les services de médecine sont ceux qui y recourent le plus souvent. A Brazzaville, les bactéries les plus fréquentes selon les services demandeurs sont Staphylococcus aureus en médecine, Klebsiella pneumoniae en Réanimation médicale et Salmonella typhi en Pédiatrie. Le renforcement des mesures d’hygiène hospitalière s’impose en Réanimation polyvalente, de même que la nécessité de changement de comportement des médecins lequel passe par la demande systématique d’une hémoculture devant toute suspicion de bactériémie. Ceci permettra d’une part d’établir la carte épidémiologique des bactériémies au CHU de Brazzaville et d’autre part d’éviter l’antibiothérapie probabiliste source d’échec thérapeutique. Mais la clé du succès réside également dans l’amélioration du plateau technique.


Références

1. Baudat V, Chuard C, Regamey C, Revue des hémocultures positives sur deux ans à l’hôpital cantonal de Fribourg. Revue médicale suisse 2005 ; 1 : 2338-345.
2. Maïga II, Sidibe M, Maïga A, et al. Les bactéries isolées par hémocultures à l’hôpital du Point "G".Mali Médical 2004 ; 19:18-23.
3. Steinberg JP, Clark CC, Hackman BO, Nosocomial and community acquired Staphylococcus aureus bacteremias from 1980 to 1993 : impact of intravascular devices and methicillin resistance. Clin Infect Dis 1996 ;23 : 255-59.
4. Biendo M., Ekandzi M. J., Koumba R., Etude du relevé des bactéries isolées dans les hémocultures, les urocultures et les coprocultures réalisées par le Laboratoire de Microbiologie-Immunologie de l’hôpital général de Brazzaville.Techn. Et Biol. 1986 ; 4 : 228-34.
5. Groupe Rémic de la Société Française de Microbiologie Référentiel en microbiologie médicale (REMIC) 2eme édition Montmorency, nom de la maison d’édition, 2004
6. Denis F, Ploy M C, Bingen C M E, Quentin R, Bactériologie médicale, techniques usuelles 2010 Issy-les-Moulineaux, Elsevier Masson, 2007.
7. Dosso M, Faye H, Aissi H, et al. Les hémocultures au CHU de Cocody (Abidjan) de
1982 à 1986. Médecine d’Afrique noire 1988 ; 35 : 157-60.
8. Ki-Zerbo GA, Thioub B, Diop BM, et al. Etude des hémocultures positives au CHU de FANN de Dakar : bilan de trois années du laboratoire de bactériologie. Médecine d’Afrique Noire 1996 ; 43 : 322-29.
9. Anagonou S Y, Akpona S, Josse R, et al. Les isolements de bactéries dans les hémocultures au laboratoire de bactériologie du CNHU-Cotonou (1987-1990). Méd Afr. Noire 1993 ; 40 : 614-19.
10. Elouennas M, Sahnoun I, Zrara A, et al., Épidémiologie et profil de sensibilité des isolats d’hémoculture dans un service de réanimation (2002-2005). Méd Mal Inf 2008 ; 38:18-24.
11. Wolff M. Les septicémies en réanimation. Méd Mal Inf 1994 ; 14 : 468-74.
12. Emori TG, Gaynes RP. An overview of nosocomial infections, including the role of the microbiology laboratory. Clin Microbiol Rev 1993 ; 6 : 428-42.
13. Ogunleye V O, Ogunleye A O, Ajuwape A T P, and al., Childhood Septicaemia Due to Salmonella Species in Ibadan, Nigeria. African Journal of Biomedical Research 2005 ; 8:131 -34.

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