Epidemiological, clinical and prognosis aspects of acute poisoning with drugs and other chemicals in Mali

janvier 2014, par Diango MD , Dembélé A.S , Tall F.K , Teme A , Kouamé K Edmond , Iknane , Diallo A. , Coulibaly Y , Maiga B A

Introduction :

Les produits chimiques ont de nombreuses applications utiles, la protection des cultures, la prévention et le traitement des maladies. Mais, certains d’entre eux (métaux toxiques, phytosanitaires, produits chimiques industriels) ont, en cas d’exposition, des effets négatifs sur la santé et l’environnement, s’ils ne sont pas gérés convenablement. L’intoxication aiguë peut être individuelle, collective et de survenue volontaire, accidentelle ou criminelle.
Le risque d’intoxication aigue lié à l’utilisation des produits commerciaux et des médicaments courants est universel. L’ampleur et la nature des agents toxiques varient d’un pays à l’autre et dépendent de facteurs tels que le degré d’industrialisation et le caractère plus ou moins intensif de l’agriculture [1]. La fréquence mondiale des accidents graves impliquant des produits chimiques, c’est-à-dire des accidents pouvant entraîner de nombreux décès, a augmenté au cours des deux dernières décennies [1]. Ainsi, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les intoxications accidentelles sont à l’origine de la mort de 50000 enfants entre 0 et 14 ans, environ 2% des décès d’enfants par traumatisme dans les pays développés et 5% dans les pays en développement [2, 3]. De plus, les intoxications par les produits chimiques constituent un risque significatif pour tous les pays en développement, dont le Mali où l’on constate une augmentation constante de la quantité et de la nature des produits utilisés pour les besoins du développement agricole, industriel et minier. Le but de cette étude était d’avaluer les aspects épidemio-cliniques et évolutifs des intoxications.

Matériel et methode

Notre étude, de type prospectif multicentrique non exhaustif, s’est déroulée au centre hospitalier universitaire(CHU) Gabriel Touré (GT), et dans les centres de santé de référence (CSREF) des communes IV (CIV) et V (CV). Elle s’est étalée sur une période de 12 mois, d’octobre 2009 au mois de novembre 2010.
Nous avons inclus dans cette étude tous les patients admis dans ces structures dont le caractère d’intoxication aiguë aux médicaments et autres produits chimiques a été prouvé par l’anamnèse et l’examen physique. Le critère de non inclusion était l’absence de preuve clinique d’intoxication. Dès leur arrivée au CHU GT, les patients sont admis en salle de déchoquage, dans les CSREF, ils sont reçus dans une salle attenante au bloc opératoire pour la mise en place d’un abord veineux de bon calibre et d’un monitorage (pression artérielle, pouls, fréquence respiratoire, électrocardioscope, saturation périphérique en oxygène).
Dans cette salle, le patient bénéficiait d’un interrogatoire (patient conscient), un examen physique complet et selon la nature du toxique suspecté, était réalisé le lavage gastrique ou le vomissement. Certains examens para-cliniques étaient demandés en urgence (radiographie du thorax de face, fibroscopie oesogastroduodénale, numération formule sanguine (NFS), crase sanguine). Les matériels utilisés étaient la fiche d’enquête, le matériel pour le lavage gastrique, souvent le liquide de lavage gastrique ou le vomique pour son examen macroscopique. La collète débutait dès l’admission pour chaque patient et a étée faite à partir d’une fiche d’enquête individuelle, comportant l’identité de l’enquêté, le mode d’admission, les circonstances de survenue, l’état du patient, l’identification du produit, le mode de présentation du produit, les signes associés, les conduites thérapeutiques et le devenir du malade. Les données ont été saisies, analysées sur le logiciel Epi Info 6 (EPI 6) et les résultats ont été consignés dans des tableaux à simple et double entrée, et des figures.

Resultats :

Au cours de notre étude, 33700 patients ont été admis pour diverses consultations parmi lesquels 160 patients ont été reçus pour intoxication aiguë aux médicaments et autres produits chimiques, soit 0,5 %. La tranche d’âge 0-4 ans était la plus représentée (35%), suivie de celle de 20-24 ans (17,5%) (Tableau I).

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Les enfants d’âge préscolaire représentaient 36,9% des patients, suivis des élèves/étudiants soit 28,2% (Tableau II).

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Le centre hospitalier universitaire Gabriel TOURE avait enregistré 45,6% des patients (figure 1).

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Les médicaments représentaient 53,7% des produits intoxicants et les autres produits 46,25%
Le tableau clinique était dominé par des troubles digestifs (40,9 %), suivis des troubles neurologiques (32,5%) (Tableau III).

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Les médicaments incriminés sont mentionnés au tableau V

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L’évolution des patients était favorable dans 99,4% des cas (figure 3)

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Discussion :

Nous avons colligé 160 patients soit 0,47% de l’activité des centres pour la même période. Le sex-ratio est de 0,7. Le CHU GT avait admis 45,6% des patients. La facilité d’accès et le statut de structure de troisième référence du pays font du CHU GT l’une des structures la plus fréquentée du Mali. Pequicnot trouve 6000 cas d’intoxications aigues (0,1 %) [4] sur une population de 6 millions d’habitants en Suisse. Zeidane. [5] en Algérie sur une période de 12 mois trouve une fréquence de 0,05%.
Dans notre étude, les intoxications aigues d’origine médicamenteuse représentaient 53,7%. Cette tendance est retrouvée dans les travaux de Pequicnot en Suisse [4] et Doumbia [6] respectivement 50 % et 53,6 % à Bamako. La fréquence élevée des intoxications médicamenteuse pourrait s’expliquer par la préférence donnée aux médicaments lors des tentatives de suicide, d’avortement, d’automédication et d’accidents domestiques surtout chez les enfants.
La tranche d’âge 0 à 4 ans (35%) était la plus représentée dans notre échantillon. kourouma au Mali [7] en 2002, Sanou au Burkina [8] en 1999, Ake en Côte d’Ivoire [9] en 2002 avaient trouvé respectivement que 85,6 %, 68,2% et 67,2% des intoxications aigues survenait chez des patients de moins de 5 ans.
La prédominance des intoxications aigues chez cette tranche d’âge pourrait s’expliquer par le fait que les médicaments et les produits chimiques à usages domestiques (pétrole, eau de javel, soude caustique,) sont laissés à la portée des enfants par négligence ou par inattention des parents. L’enfant à cet âge découvre son environnement.
Les intoxications aigues accidentelles avaient représentés 69,3% de notre échantillon. Cette tendance était trouvée par beaucoup d’autres auteurs tels Doumbia [6], Djiba [10] et Pequicnot [4]. Nous avons noté une prédominance d’adulte de sexe féminin, la raison est l’utilisation des médicaments à but abortive et d’autolyse dans un contexte d’échec de vie.La voie digestive était utilisée dans 93,7% des cas par les
patients dans notre étude. Ce résultat se rapproche de celui de plusieurs études notamment celle de Doumbia [6], de Traoré [11], de Djiba [10] et de Zeidane [5] qui trouvent respectivement 94,4 %, 66,6%, 53,16 % et 85 %. L’explication en est que les enfants (0-4 ans) étaient majoritaire et les médicaments (53,7%) dont le paracétamol (15,5%). Les troubles digestifs (40,9 %) étaient le symptôme le plus fréquent, suivis des troubles neurologiques (32,5%). D’autres signes ont été observés, notamment les signes cardio-vasculaires, respiratoires, thermiques et dermatologiques, dans respectivement 14,5%, 8,4%, 2,3% et 1,4%. L’évolution a été favorable dans 99,4 % des cas compatible avec la nature des produits ingérés. Ce résultat se rapproche de celui de Doumbia [6] (94,4 %), et supérieur à ceux de Guindo [12] (88,5 %) et de kourouma [7] (67,2 %).

Conclusion :

L’intoxication aigue est fréquente et de bon pronostic. Cette pathologie intéresse surtout l’enfant. La mise en place d’un centre anti poison permettra un diagnostic étiologique et une amélioration du pronostic. Des campagnes d’information, d’éducation et de communication permettraient de réduire la fréquence des intoxications


References :

1. Programme international sur la sécurité chimique. Lignes directrices pour la lutte contre les intoxications (OMS Geneve 1998). 128 pages
2. OMS, rapport sur la santé dans le monde 2002. 270 pages
3. Bates et Ebwards, Roper, Volans, Peadiatric toxicology : handbook of poisoning in children, 1997.
4. H. Pequicnot. Intoxication. J Thorax Cardiovasc Surg 2000 ; 19 (Suppl) : R541, Pathologies médicales 2ème édition Masson Paris 431, 433.
5. Zeidane L. Etude des intoxications aiguës à propos de 3332 cas observés dans le service de R.A.L de l’hôpital EL KETTAR du 1/1/77 au 31/12/89, Thèse Méd. Algérie 1989 ; N° 71.
6. Modibo zan Doumbia. Les aspects épidémiologiques et cliniques des intoxications aiguës au service des urgences de l ’HGT à propos
de 250 cas, Thèse de médecine 2006. Consultable à l.URLhttp://www.keneya.net/fmpos/theses/.pdf 25 novembre 2009
7. Nana Kourouma. Intoxications aigues accidentelles chez l’enfant au service de pédiatrie du CHU Gabriel Touré à propos de 89 cas, thèse de médecine 2002-2003. Consultable à l’URL http://www.keneya.net/fmpos/theses/.pdf 25 novembre 2009
8. Sanou 1. Kam.K.L ; Coulibaly.S ; et coll. Intoxications aiguës accidentelles de l’enfant : aspects épidémiologiques et évolutifs en milieu hospitalier pédiatrique à Ouagadougou, Ann Péd Pub Burkinabé ; 1999.
9. Ake Assi M.H ; Timite-Konan A.M ; Adonis-Koffy L.Y ; et coll. Aspects épidémiologiques des intoxications aiguës chez l’enfant en pédiatrie à Abidjan.Le pharmacien d’Afrique 2002 ; 155 : 3-6.

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