Evaluation of gravity scores use in intensive care unit in the instruction hospital of army principal of Dakar

juillet 2011, par Wade K.A. , Diallo A , Beye S A , Niang E H M , Diop M , Diatta B

Introduction 

Le patient de réanimation est caractérisé par sa gravité liée à l’existence d’une ou de plusieurs lésions ou défaillances mettant en jeu le pronostic vital immédiat.

Le développement des techniques de réanimation a permis d’assurer la survie de patients autrefois condamnés à court terme, au prix cependant d’un coût économique et d’un investissement humain parfois très élevé [1].
Dans le but de déterminer la gravité des patients et par souci d’homogénéisation des patients afin d’harmoniser les traitements en réanimation, des scores de gravité ont été établis.

C’est au début des années1980 que les indices de gravité ont vu leur utilisation largement vulgarisée dans les milieux de réanimation occidentaux.
Leur objectif était de prédire de façon non intuitive le pronostic de survie individuel et de comparer à postériori des malades de gravité identique, de façon à évaluer l’efficacité des différents traitements mis en œuvre.

Objectifs

- Evaluer les patients grâce à des indices de gravité (IGS II et score de défaillances d’organes selon Fagon) afin de pouvoir les comparer.
- déterminer la charge de travail grâce au score Oméga, en tenant compte de la pathologie et du ratio personnels soignants/patients.
- étudier la corrélation entre ces indices de gravité et la mortalité observée de nos patients afin de déterminer la valeur pronostique de ces scores.

Méthodologie 

Etaient inclus dans notre étude tous les patients hospitalisés dans le service.
Notre étude était prospective, descriptive et analytique sur une période de six mois allant du 1er janvier 2007 au 30 juin 2007.
La collecte des données était faite grâce aux RUM (Résumés d’Unités Médicales).

Les paramètres étudiés étaient : l’âge, le sexe, la date d’admission, le mode d’entrée, le mode de sortie, la durée de séjour, le motif d’admission, les pathologies associées, le score IGS II, la mortalité prévisible, le score Oméga, le nombre de défaillances d’organes à l’admission, le nombre de défaillances d’organes maximal durant le séjour, les actes prodigués et les complications.

Les données étaient analysées grâce aux logiciels Microsoft Office Excel 2007 et SPSS (Statistical Package for the Social Sciences) version 11.0.
Nous avions utilisé le coefficient de corrélation linéaire (r) de Pearson pour mesurer la relation linéaire entre deux variables quantitatives. Si ce coefficient tend vers 0, il n’existe pas de corrélation linéaire entre les deux variables, s’il tend vers +1 ou -1 il existe une corrélation linéaire entre les deux variables.

Pour tester les hypothèses des qualitatives, nous avions utilisé le test du Chi2, une probabilité p < 0,05 était retenue comme statistiquement significative.

Résultats 

Données épidémiologiques

Durant la période de l’étude, 246 patients étaient hospitalisés dans le service de réanimation médicale de l’Hôpital Principal de Dakar. L’âge moyen de nos patients était de 42 ans ± 20,2 [3 - 93 ans]. Soixante pour cent (60%) de nos patients étaient de sexe masculin avec un sex-ratio (H/F) de 1,5. Des antécédents étaient retrouvés dans 21% des cas et étaient dominés par les affections cardio-vasculaires (8%).

Au cours de notre étude, les affections respiratoires étaient restées le premier motif d’admission en réanimation médicale (19,1% des admissions), suivies des affections cardiovasculaires (18,7%).
La moyenne des admissions par mois était de 41 patients, avec des extrêmes allant de 35 à 48 et des pics en Mars et en Juin.

Les Scores de Gravité

L’indice de gravité simplifié (IGS II) moyen de nos patients était de 32,1 ± 19,5. Ce score était plus élevé chez nos patients décédés avec en moyenne 47,5 contre 25,1 chez les survivants. Les IGS II moyens les plus élevés (105) étaient retrouvés chez les patients admis pour choc septique, paludisme grave, méningite et méningo-encéphalite. Le score IGS II nous avait permis de calculer la mortalité prédite (MP) moyenne pour chaque groupe de pathologie, elle était en moyenne de 22,5%.

Le score de défaillance d’organe selon Fagon et al (ODIN model)

Cent vingt-quatre (124) patients (50,4%) présentaient au moins une défaillance d’organe (DO) à l’admission. En cours d’hospitalisation, 134 patients, soit 54,5% avaient au moins une défaillance d’organe. La défaillance neurologique était la plus fréquente (30,5%) suivie de la défaillance respiratoire (28,8%).

Le Score de charge de travail infirmier (Oméga)

Le ratio personnel soignant/patient dans notre service était de 1 médecin pour 2 lits ; 1 infirmier pour 3 lits et 1aide soignant pour 2 lits. Le score
Il existait une forte corrélation entre l’IGS II et le nombre de défaillance d’organe à l’admission (r = 0,73 avec p < 0,01) (fig. 1).

Par contre ce score de gravité IGS II n’était pas corrélé à la charge de travail Oméga (r = 0,26).
Il n’y avait pas de corrélation entre le score Oméga et le nombre de défaillance à l’admission (r = 0,25) (fig.1).

Mortalité 

La mortalité était en moyenne de 31,3% dans notre série, cette mortalité observée (MO) n’était pas été corrélée avec l’âge (r = 0,16) et la charge de travail Oméga (r = 0,23), mais cette mortalité observée était fortement corrélée à l’IGS II (r = 0,56), le nombre de DO (r = 0,51 et p<0,01) et la mortalité prédite (r = 0,54 et p <0,01) (fig. 2).

La mortalité prédite (MP) moyenne était de 22,5% ce qui donne un rapport MO/MP général de 1,39. Il existait une très forte corrélation (r = 0,96 et p < 0,01) entre l’IGS II et la mortalité prédite.
De même, plus le nombre de défaillances d’organes était élevé à l’admission, plus la mortalité prédite était élevée avec une forte corrélation (r = 0,74 et p < 0,01) (fig. 2).

Discussion

Données épidémiologiques

Tous nos patients avaient bénéficié d’une saisi correcte des RUM (Résumés d’Unités Médicales) ce qui a donné un taux de recrutement de 100%. Ce taux est plus satisfaisant que ceux retrouvés par Moine P et al qui avaient dans une étude rétrospective un taux de recrutement de 81% par rapport à l’IGS et de 80% par rapport au score Oméga [2].

L’effectif de notre série (246 patients) était néanmoins faible comparé à ceux des études qui avaient permis la validation des indices de gravité : 17 440 patients pour l’APACHE III [3], 13 152 patients pour l’IGS II [4]. Cependant, Le Gall JL et al recommandent un effectif d’au moins 200 patients et de tenir compte de l’intervalle de confiance [1].

L’âge moyen de 42 ans ± 20,2 était proche des résultats de Kammuon W. qui dans une série tunisienne avait un âge moyen de 40 ans ± 15 [5], pas très loin des résultats de Moine P. et al qui avaient retrouvé dans une série européenne un âge moyen de 35 ans ± 21 [2].

Dans notre étude, le motif d’admission était assimilé au diagnostic principal.
Ceci souligne une fois de plus la difficulté en réanimation de déterminer un diagnostic principal puisque la plupart des patients présentent plusieurs affections chroniques et/ou aiguës superposées comme l’avaient souligné Le Gall JL et al [1].

Ainsi le diagnostic principal doit rester celui dont la prise en charge avait nécessité le plus de ressources humaines et matérielles.

Concernant les scores de gravité

La gravité de nos patients avec un score IGS II à 32,1 ± 19,5 était retrouvée par Moine P et al qui dans une série européenne avaient un IGS II moyen de 35 ± 15 [2].
Les IGS II et les MP moyens les plus élevés (respectivement ≥ 40 et 35%) étaient retrouvés chez nos patients admis pour choc septique, paludisme grave, comas de cause non retrouvée et insuffisance rénale aiguë.
Par contre, l’IGS II et la MP moyens les plus bas (respectivement ≤ 20 et 13%) étaient retrouvés chez nos patients admis pour tétanos, intoxication accidentelle, volontaire et surveillance post opératoire. Cependant, l’ordre de hiérarchisation de ces affections par l’IGS II et la MP n’était pas toujours respecté par la mortalité observée ce qui nous amène à dire que l’IGS II ne reflète pas toute la gravité des patients graves ou potentiellement graves (exemple du tétanos).

Concernant les défaillances d’organes

Le nombre moyen de défaillances d’organe à l’admission était de 1,02 avec des extrêmes à 0 et 6 défaillances dans notre série ; ce qui est proche des résultats de Tchoua R. qui avait dans sa série, en moyenne 1,1 défaillance avec des extrêmes à 0 et 5 défaillances [6].
La forte corrélation entre les DO et la MO était retrouvée par Knaus et al qui avaient montré que la mortalité était étroitement liée au nombre et à la durée des défaillances d’organes, avec en particulier une mortalité extrêmement élevée (> 95%) lorsque plus de deux défaillances persistaient pendant 72 heures ou plus [7].

Concernant la charge de travail Oméga

Le ratio personnel soignant/patients était faible si on tient compte des recommandations de la Société Européenne des soins intensifs [8].
Le score de charge de travail dans notre série n’était corrélé ni à la mortalité observée, ni à la mortalité prédite, encore moins au nombre de défaillances d’organes. Par contre il était fortement corrélé à la durée de séjour de nos patients. La faiblesse du score Oméga moyen des patients les plus graves (5 à 6 défaillances et IGS II > 70) n’était pas forcément liée à une insuffisance de prise en charge mais plutôt à la durée de séjour très courte de ces patients. Autrement dit, les patients les plus graves présentant plus de 5 défaillances d’organes à l’entrée décédaient souvent assez tôt et n’avaient pas le temps d’influer sur le score Oméga.

Evolution 

La mortalité observée dans le service de réanimation médicale durant notre étude était de 31, 3%. Ce taux n’était pas loin de la mortalité en réanimation dans la série européenne (26% à 30%) [2] et dans une série nord-américaine (23% à 33%) [9].
Dans des groupes comme le choc septique, l’hémorragie méningée, l’accident vasculaire cérébral, les méningo-encéphalites et le paludisme grave, le rapport MO/MP était supérieur à 1 voire 2 ; et très élevé pour le Tétanos (MO/MP = 11). Ceci pourrait traduire soit une mauvaise prise en charge, soit une mauvaise cotation de l’IGS II (par défaut), ou tout simplement une inadéquation du score IGS II pour ces groupes pathologiques.
Il a été rapporté dans la littérature que la performance des services de réanimation est théoriquement bonne lorsque le rapport MO/MP est inférieur à 2 et meilleure lorsqu’il est inférieur à 1 [1]. Dans notre série ce rapport MO/MP était de 1,39. Ceci serait réconfortant au vu des conditions de travail parfois difficiles dans nos régions.

Conclusion

Les scores de gravité sont applicables dans notre unité de réanimation. Ils apportent des renseignements importants sur la gravité des patients, permettant de mieux les catégoriser afin de prévoir leur évolution. Nous recommandons de les standardiser dans tous les services de réanimation des pays en développement comme le nôtre. Ceci suppose une bonne saisie des données informatisées, une formation de tout le personnel médical, une augmentation du personnel médical et paramédical afin d’optimiser le ratio et des évaluations périodiques des activités des services d’information médicale de l’hôpital.

Référence :

  1. Le Gall J, Alberti C. Indices de gravité et applications en réanimation. Encyclopédie Médico-Chirurgicale 36-700-A-10.
  2. Moine P, Hemery F, Bleriot J P, Fulgencio J P, Garrigues B, Gouzes C, Le Gall J R, Lepage E, Villers D.Exhaustivité des résumés d’unités médicales adressés aux départements d’information médicale. Ann Fr Anesth Réanim 2004 ; 23(1) : 15-20
  3. Knaus W, Zimmerman J, Wagner D, Draper E, Lawrence D. APACHE-Acute Physiology and Chronic Health Evaluation : Physiologically Based Classification System. Crit Care Med 1981 ; 9 : 591-7.
  4. Le Gall J, Lemeshow S, Saulnier F. A new simplified acute physiology score (SAPS II) based on a European/North American multicenter study. JAMA 1993 ; 270 : 2957- 63.
  5. kammoun w, othman, cherni m. Epidémiologie des décès dans un service des urgences. Am Rev Respir Dis 1990 ; 142 : 421-511.
  6. Tchoua R, Vemba A, Taty Koumba C, Ngaka, Nsafu D. Gravité des maladies de réanimation à laFondation Jeanne Ebori de Libreville. Médecine d’Afrique Noire 1999 ; 46 (11) : 495-99
  7. Knaus W, Draper E, Wagner D, Zimmerman J. Prognosis in acute organ-system failure. Ann Surg 1985 ; 202 : 685-93.
  8. Ferdinande P. Recommandations of minimal Requirements for intensive care department. Intensive Care Med 1997 ; 23 : 226-32.
  9. Sculier J P, Paesmans M, Markiewicz E, Berghmans T. Scoring systems in cancer patients admitted for an acute complication in a medical intensive care unit. Crit Care Med 2000 ; 28(8) : 2786-92.

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