Evaluation of complications of lung resection surgery at cardiologic institute of Abidjan

janvier 2014, par Ehounoud H , Yapo YP , Itéké F , Kohou-Koné L. , Kouamé J , N’guessan J. , Yapobi Y

Introduction

Dans les pays en développement , la chirurgie d’exérèse pulmonaire est en plein essor et essentiellement dominée par le traitement des maladies infectieuses[1,2,3] (tuberculeuses, bactériennes, parasitaires..), des traumatismes thoraciques (ouverts ou fermés) ainsi que des maladies tumorales ( bénignes ou malignes).
A l’Institut de cardiologie d’Abidjan(ICA), la chirurgie d’exérèse pulmonaire (lobectomie ou pneumonectomie) représente 58.7% des interventions réalisées en chirurgie thoracique dont 70% ont comme principale indication les séquelles tuberculeuses. [2,4] .
La prise en charge anesthésique a évolué ces dernières années avec orientation vers une anesthésie combinée (péridurale thoracique + anesthésie générale), l’utilisation des bloqueurs bronchiques pour la sélectivité pulmonaire, l’amélioration de la ventilation et de l’analgésie.
Les complications per et post opératoires restent d’actualité [5,6,7] et sont la hantise du médecin Anesthésiste-Réanimateur.
En Afrique, et particulièrement en Afrique noire subsaharienne, la littérature est assez pauvre en données concernant les complications péri opératoires de la chirurgie d’exérèse pulmonaire. Aussi nous est-il apparu nécessaire de faire part de notre expérience des complications de la chirurgie d’exérèse pulmonaire à l’Institut de Cardiologie

Patients et méthodes

Il s’agit d’une étude rétrospective descriptive et analytique sur une période de six ans. 40 dossiers des patients ayant bénéficié d’une exérèse pulmonaire étaient colligés et analysés. Tous les patients qui avaient bénéficié d’une exérèse pulmonaire et dont les dossiers étaient complets, étaient inclus dans l’étude. Les variables suivantes étaient étudiées : l’âge, le sexe, les antécédents, l’état clinique et le bilan pré opératoires, le protocole anesthésique, le type de sonde d’intubation utilisée, le protocole d’analgésie, la transfusion per et post opératoire, les complications per et post opératoires ainsi que l’évolution.
Les données recueillies étaient contrôlées puis saisies et analysées avec le logiciel Epi Info 2008, version 3.5.1. L’analyse avait comporté :
-  Une étude descriptive par le calcul des fréquences, des moyennes et des écart-types.
-  Une étude analytique par le test de Student pour la comparaison des variables quantitatives avec un seuil de signification de 5%.

Resultats

40 exérèses pulmonaires ont été réalisées sur un total de 118 interventions effectuées en chirurgie thoracique, soit une fréquence de 33,9%. L’âge moyen était de 43,3% avec un écart type de 14,4. Les extrêmes allaient de 11 à 73 ans. On note une prédominance masculine (sex-ratio = 2,6). Les poumons détruits, séquelles de tuberculose, constituaient le principal diagnostic pré opératoire (62,5%). 85% des patients étaient aux stades II et III de la classification de l’ASA .Seulement 55% des patients avaient bénéficié d’une kinésithérapie respiratoire pré opératoire avec une durée moyenne de préparation de 6,8 jours. L’anémie était retrouvée en pré opératoire dans 45% des cas. Tous les patients avaient une fonction respiratoire pré opératoire acceptable à la spirométrie et à la gazométrie (VEMS > 50% de la valeur théorique). La Pression Artérielle Invasive était monitorée seulement dans 5% des cas. L’association : Propofol +Fentanyl +Vecuronium était le plus utilisée à l’induction (87,5%) avec des doses moyennes respectives de 2,42 mg/Kg, 2,9 microgrammes/Kg et 0,1 mg/kg. Les sondes à double-lumière étaient utilisées dans 20% des cas. L’entretien était fait par les halogénés (Halothane, Isoflurane) ainsi que des réinjections des curares, des morphiniques et d’hypnotiques. Les principaux incidents per opératoires sont présentés dans le tableau I.

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La chute tensionnelle était l’incident le plus observé (62,5%), suivie des désaturations (42,5%) et des troubles du rythme cardiaques (37,5%).
La durée moyenne de l’intervention était de 4,9 heures pour les lobectomies et 5,7 heures pour les pneumonectomies. Par contre, la durée moyenne de l’anesthésie était de 5,7 heures pour les lobectomies et de 6,7 heures pour les pneumonectomies. L’extubation était différée dans 77,5% des cas et l’anémie+l’instabilité hémodynamique (42,1%) en étaient les principales causes. Les lobectomies étaient les plus réalisées (70%). Aucun patient n’avait bénéficié d’une analgésie péridurale ni celle contrôlée par le patient (PCA) ; l’analgésie était assurée dans 57,5% des cas par l’association morphinique+pro paracétamol. La quantité de sang perdue en per opératoire était en moyenne de 1134,2 ml avec un écart-type de 337,4. Le tableau II montre la répartition des patients selon les complications pleuro-pulmonaires post- opératoires

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Les complications pleuro pulmonaires post opératoires étaient dominées principalement par les atélectasies (47,5%) suivies des bullages (32,5%) et des pneumopathies (22,5%). Les troubles du rythme cardiaque (53,3%) étaient la complication cardiovasculaire la plus prépondérante avec 62,7% de tachycardies supra ventriculaires et 18,2% de fibrillations auriculaires. 62,5% de ces complications étaient observées au cours des pneumonectomies (p=0,442) (Tableau III).

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L’hyponatrémie était la principale complication métabolique (40,7%). L’anémie était retrouvée dans 62,5% des cas et constituait la principale complication hématologique. L’insuffisance rénale aigue était notée dans 12,5% des cas. 6% des patients avaient contracté une infection nosocomiale avec comme principaux germes en cause : Pseudomonas.A (33,3%) et Klebsiella.P (33,3%).

Discussion

L’âge moyen de notre population d’étude (43,3 ans) est supérieur à celui de Bouchikh et al. (36,7 ans)[4] et de Blaise Demine et al. (35 ans)[8]. Cette différence pourrait s’expliquer par le fait que les séquelles de tuberculose (poumon détruit) sont fréquemment rencontrées autour de 40 ans.
Les poumons détruits constituaient la principale indication opératoire dans notre étude. Ces résultats concordent avec ceux de El Ftouh.M et al. [3] qui l’avaient retrouvé dans 40,1% des cas. La spirométrie (VEMS théorique) couplée à la gazométrie artérielle constituent les meilleurs indicateurs permettant d’évaluer la fonction respiratoire et l’adaptation de la thérapeutique lors des insuffisances respiratoires post opératoires [9] [10]. Notre étude avait noté que tous les patients avaient une fonction pulmonaire acceptable à la spirométrie avec un VEMS théorique pré opératoire supérieur à 50% (1,5Litres). Par ailleurs, une hypoxémie et une hypercapnie avaient été retrouvées dans respectivement 5 et 2,5% des cas, avec une prédominance de l’acidose respiratoire (10%) et un syndrome restrictif (32,5). Les facteurs prédictifs de mortalité ou de morbidité sont pour la plupart communs. Parmi eux, on peut citer les stades 3 ou 4 de la classification de l’ASA. Notre étude avait trouvé que la majeure partie de notre population (90%) n’avait pas une atteinte sévère d’une grande fonction (ASA>3). Ceci est contraire à la littérature européenne [11] qui note que la plupart des patients opérés pour exérèse pulmonaire avait un stade de la classification de l’ASA supérieur à 3. Cela serait lié à l’âge et aux indications opératoires (cancers) des patients opérés en Europe pour résections pulmonaires
La kinésithérapie respiratoire constitue la base de la préparation pré opératoire sur une durée moyenne de 14 jours. On lui associe souvent le drainage bronchique postural, l’aérosolthérapie ainsi que d’autres mesures selon le terrain [6]. Il ressort de notre étude que l’aérosolthérapie (95%) et le drainage bronchique postural (75%) étaient les plus pratiqués dans la préparation des patients sur une durée moyenne de 6,8 jours. Par ailleurs, la kinésithérapie respiratoire était pratiquée seulement dans 55% des cas. Deux protocoles d’induction en discontinue ont été utilisés avec comme narcotique prédominant, le Propofol (87,5%) à la dose moyenne de 2,42 mg/kg. Tous les auteurs s’accordent à l’utilisation préférentielle du Propofol car il n’a aucun effet sur la vasoconstriction pulmonaire hypoxique [12]. Le Fentanyl, le seul morphinique utilisé dans notre étude à une dose moyenne de 2,86γ/Kg, procure une stabilité hémodynamique à l’induction.
L’entretien combinait les halogénés (Halothane) et des réinjections de curares, de morphiniques et d’hypnotiques. Certains auteurs utilisent le plus souvent l’AIVOC (Propofol - Sufentanyl, Propofol - Remifentanil) pour l’entretien de l’anesthésie. L’utilisation de tubes à double lumière permet un accès facile du poumon non dépendant et rend sa dissection plus facile et plus rapide. 20% de nos patients en ont bénéficiés. (80% des patients étaient intubés avec une sonde classique, augmentant le risque de complications respiratoires post opératoires (p<5%).
Les complications per opératoires étaient essentiellement hémodynamiques à type de chute tensionnelle (TA < 9 mmhg) dans 62,5% des cas. Ces résultats sont similaires à ceux trouvés par Kane.O et al. [7] qui l’avaient retrouvée dans 71,4% des cas. Ceci s’explique par le fait que plusieurs facteurs altèrent l’état hémodynamique per opératoire notamment : le passage en décubitus latéral avec la montée du billot, l’hyperinflation dynamique causée par la ventilation uni pulmonaire ainsi que le clampage de l’artère pulmonaire.
L’analyse des résultats de notre étude avait montré que les complications pleuro pulmonaires post opératoires étaient dominées par les atélectasies (47,5%), suivies des bullages (32,5%) et des pneumopathies (22,5%). Néanmoins, il n’était pas très rare (10,8%) de retrouver l’œdème pulmonaire. les atélectasies également prédominantes dans les études de Kane.O et al. [7], sont souvent favorisées par la levée insuffisante des zones d’atélectasies du poumon opéré lors de la reventilation des deux poumons, la gêne à l’expectoration et l’alitement. La gêne à l’expectoration est souvent la conséquence de la douleur qui ne permet pas une kinésithérapie efficace. Nos patients ont bénéficié d’une analgésie balancée (Morphine et Propacetamol)
Les troubles du rythme cardiaque (53,3%) (TSV 62,7%, FA 18,2%) [13][14] étaient les principales complications cardiovasculaires rencontrées en per opératoire, dans 62,5% après pneumonectomies et dans 37,5% après lobectomies. L’anémie constituait la complication hématologique la plus importante (62,5%) suivie de la thrombopénie (5%). Ces observations étaient aussi faites par Kane.O et al. [7] qui avaient trouvé l’anémie dans 52,7% des cas. Cela s’explique par le fait que la chirurgie d’exérèse pulmonaire est hémorragique et les patients sont souvent anémiés en pré opératoire (45%)
L’insuffisance rénale aigue était la seule complication rénale observée (12,5%) probablement lié aux instabilités hémodynamiques (bas débits cardiaques) ou au sepsis.
L’hyponatrémie observée dans 40,7% des cas pourrait être une hyponatrémie de dilution après des apports liquidiens excessifs ou liée à la sécrétion inappropriée de l’hormone anti diurétique (SIHAD) rencontrée au cours des pathologies pulmonaires. [15],
L’infection nosocomiale était retrouvée dans 15% des cas et les principaux germes incriminés étaient le pseudomonas aeruginosa (33,3%) et klebsiella pneumoniae (33,3%) qui sont ceux rencontrés dans les infections nosocomiales pulmonaires en réanimation (pseudomonas aeruginosa, haemophilus influenzae, klebsiella pneumoniae).
Notre étude avait noté un cas de décès (soit 2,5%) au bloc opératoire, suite à un choc septique décompensé après une reprise chirurgicale au troisième jour post opératoire d’une pneumonectomie. Les données de la littérature montrent une grande différence entre les séries en termes de mortalité. Dans les séries européennes et américaines, on note une mortalité hospitalière (ou dans les 30 jours post opératoire) de l’ordre de 2% après lobectomie (1,2% à 4,4%, de 6% après pneumonectomie (1,6% à 11,5% )[16][17]. La cause fréquemment évoquée est d’origine respiratoire (sepsis, insuffisance respiratoire aigue), cardiovasculaire ou hémorragique. Le risque de survenue des complications est identique après lobectomie ou pneumonectomie. Ces observations étaient faites aussi dans la littérature africaine, notamment, l’étude de Kane.O et al. [7] avaient trouvé une mortalité de 2,9% suite à une hémorragie post opératoire non maitrisée.

Conclusion

La chirurgie d’exérèse pulmonaire est émaillée de complications tant per que post opératoires. En période per opératoire, l’instabilité hémodynamique et les épisodes d’hypoxémie dominent. La période post opératoire est à haut risque de complications respiratoires (atélectasies, pneumopathie) et cardiovasculaires (troubles du rythme,..). Une bonne sélection des patients, une bonne prise en charge péri opératoire (anesthésie, analgésie péridurale, kinésithérapie) ainsi que l’équipement adéquat des structures où sont réalisées ces types d’intervention sont indispensables pour la réduction des complications.

Références

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3. M. El Ftouh, S. Mouline, J. Bernard, A. Badsi, A.S. Alaziz, A. El Masslout, A. Benotman, M.T. El Fassy Fihry. Poumons détruits post-tuberculeux. A propos de 181 cas. Médecine du Maghreb 1997 ; 66:31-33
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La vie de l'Anesthésie