janvier 2012, par Kaboro M , Silé SN , Djonga O , Djada D , Dionadjii M , Ngariera R , Abdessalam M , Mignonsin D

Introduction

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’accident est « un événement indépendant de la volonté humaine, provoqué par une force extérieure, agissant rapidement et se manifestant par un dommage corporel ou mental ». Cette définition est incomplète, car elle élimine les accidents qui ne provoquent pas de lésions tels que : « les presqu’accidents » où l’accident est évité sans aucun dommage alors que les conditions pour sa survenue ont été réunies et les incidents qui surviennent quotidiennement, représentant des situations dangereuses et qui se terminent par un dommage si minime qu’il est très vite oublié (l’enfant se pince les doigts dans une porte où se fait une petite blessure avec un objet tranchant par exemple) [1, 2]. Or ces deux dernières catégories d’accidents sont intéressantes à considérer dans la mesure où elles ont une valeur éducative peut être aussi grande que les accidents réels. Leur connaissance est pourtant difficile, puisqu’elles ne donnent habituellement lieu, à aucune consultation [1, 2]. L’accident est une pathologie dramatique et concerne tous les âges, notamment l’enfant qui se définit comme, tout être humain dont l’âge est compris entre 0 à 15 ans. La gravité et la difficulté de la prise en charge de ces accidents sont la source d’une morbidité et d’une mortalité élevées dans les pays en voie de développement [3].Le personnel du Service des Urgences de l’Hôpital Général de Référence Nationale (HGRN) accueille tous les jours les traumatismes chez les enfants.

L’objectif général est de décrire les aspects épidémiologiques des accidents chez l’enfant de 0 à 15 ans reçus au Service des urgences de l’HGRN de N’Djamena.

Les objectifs spécifiques :
- Déterminer la fréquence des accidents chez les enfants de 0 à 15 ans ;
- Déterminer les tranches d’âges les plus touchées ;
- Déterminer les conditions socio-économiques des parents ;
- Déterminer les circonstances de survenue de l’accident ;
- Identifier les types d’accidents fréquemment rencontrés chez l’enfant ;
- Apprécier la prise en charge thérapeutique des accidents chez l’enfant.

Méthode

Il s’agissait d’une étude prospective de 3 mois allant du 15 février au 15 mai 2006. Elle a porté sur les enfants traumatisés par les accidents d’origines diverses, admis au service des urgences. Les patients âgés de 0 à 15 ans victimes d’accident reçus au service des urgences de l’HGRN ont été inclus dans l’étude. Ont été exclus de l’étude tous les patients âgés de plus de 15 ans, tous les patients victimes d’accident de travail, d’agression physique ou qui ont tenté un suicide et tous les enfants qui ont eu un traumatisme obstétrical.

Résultats

Fréquence,âge et sexe

Sur une période de 3 mois, 1890 enfants ont été reçus en consultation d’urgence pédiatrique pour des pathologies diverses. 323 enfants ont été admis pour traumatisme suite à un accident. La fréquence des accidents chez l’enfant a représenté 17.08% de consultation d’urgence pédiatrique.L’âge moyen des patients a été de 7,5 ans avec des extrêmes de 7 jours et 15 ans. La tranche d’âge la plus représentée a été celle de 0 à 5 ans avec une fréquence de 46.74%.Il a été noté une prédominance masculine dans toutes les tranches d’âges. L’accident a été l’apanage du garçon car, 201 enfants, soit 62.22% du collectif des enfants étaient de sexe masculin. Le sex- ratio a été de 1,64.

Les conditions socio-économiques des parents

La fratrie

L’étude a permis de constater que 49,22% des enfants ont eu leur accident dans les familles dont le nombre d’enfants est compris entre 2 à 4 enfants et que 43, 34% d’enfants ont eu leur accident dans les familles où il y a plus de 5 enfants ou plus dans 43.34%. 7,43% d’enfants ont été dans les familles qui ont 1 seul enfant.

Prise en charge des patients

Les premiers soins effectués avant l’admission à l’hôpital

Les premiers soins ont été effectués chez 7,74% d’enfants par les parents, chez 9,29% par les professionnels de la santé et chez 4,64% par les tradi-praticiens. Chez 78,32% d’enfants, aucun premier soin n’a été faitavant l’admission à l’hôpital. Les premiers soins administrés par les parents ont été surtout : donner du lait à boire ou introduire deux doigts dans l’oropharynx pour provoquer le vomissement en cas d’intoxication et répandre les œufs frais ou de la pâte dentifrice sur les lésions en cas de brûlure.Les tra-thérapeutes ont souvent administré les mêmes soins que les parents dans les mêmes situations pathologiques ; mais en plus de ces gestes, ils ont fait quelques réductions de fractures accompagnées d’immobilisation avec des baguettes de bois. Deux cas de gangrènes par ischémie ayant abouti à des amputions ont été notés au cours de l’étude. En cas de brûlure, leur traitement à consister à répandre un mélange fait de bouse et de poils de lièvre sur les lésions. Cette pratique a été toujours responsable d’infections graves en cas de brûlure. Un cas de tétanos a été observé durant la période d’étude

Le délai entre la survenue de l’accident et le début de la prise en charge à l’hôpital

Dans 41,17% des cas, le délai entre la survenue de l’accident et le début du traitement a été inférieur ou égal à 1 heure. Dans 80,80% ce délai a été inférieur ou égal à 3 heures alors que dans 6,50% des cas, ce délai a été supérieur à 24 heures

Le traitement reçu au service des urgences

Les traumatismes par accidents qui constituent les pathologies d’urgence, ont été répartis, dans cette étude en pathologies médicales accidentelles d’urgence, en pathologies chirurgicales accidentelles d’urgence et en pathologies médico-chirurgicales accidentelles d’urgence.

Les pathologies médicales accidentelles d’urgence

Les traumatismes par accident qui ont nécessité un traitement médical en urgence ont été surtout :
- les traumatismes crâniens isolés 7 cas dont 3 cas comas ;
- les intoxications médicamenteuses (18 cas d’intoxications aux sirops (antitussifs et antibiotiques) et 5 cas de comprimés pour adulte de nature inconnue) ;
- les intoxications au pétrole (16 cas) ;les piqûres de scorpions (2 cas) ;
- et les piqûres d’abeilles (3 cas).

Les pathologies chirurgicales accidentelles d’urgence

Des 323 enfants admis au service des urgences pour traumatisme suite à un accident, il y a eu 273 enfants, soit 84,52% qui ont eu des lésions ayant nécessité une prise charge chirurgicale. Les lésions traitées chirurgicalement ont été essentiellement :les plaies traumatiques uniques ou multiples, (113 cas) ; les hématomes (6 cas) ; les contusions (12 cas) ; les fractures des membres (43 cas) ; les factures de côtes (5 cas), dont 1 cas d’hémothorax ; les entorses (4 cas) ; les luxations (3 cas) ; les polytraumatismes (3 cas dont 2 cas de comas) ;les corps étrangers au niveau de l’oropharynx, de l’estomac et des intestins (16 cas) ; les morsures par les chiens (6 cas) ; les morsures par les chats (11 cas) ; les griffures de chats (5 cas) ; et les piqûres par un clou (2 cas).

Les pathologies accidentelles médico-chirurgicales d’urgence

Il s’est agi essentiellement :de brûlures (37 cas) dont 10 cas de brûlure graves, et d’intoxications à la paraphénylène diamine dont ont été victimes 6 enfants. L’intoxication à la paraphénylène diamine est uneurgence absolue, surtout, quand le malade est admis à l’hôpital avec un tableau clinique fait d’œdème cervico-facial dur, une macroglossie, une dyspnéeSévère et une oligurie. À ce stade, la sanction thérapeutique est la trachéotomie de sauvetage pour éviter la mort par asphyxie et une perfusion abondante de solutés tels que le sérum salé isotonique et le ringer lactate pour éviter une insuffisance rénale aiguë.

Devenir des patients après les premiers soins au service des urgences

Après les premiers soins au service des urgences, les enfants ont été orientés dans les différents services en fonction de leur pathologie et de l’évolution de leur état clinique. 245 enfants, soit 75,85% ont été autorisés à rentrer à domicile après les premiers soins, 66 enfants, soit 20,43% ont été hospitalisés : 28 enfants en Réanimation, 32 en traumato-orthopédie et 6 en Pédiatrie ; et 12 enfants, soit 3,72% ont été orientés en ORL, en ophtalmologie et en odonto-stomatologie, pour être traités en ambulatoire. Au cours de cette étude il y a eu au total 16 décès : 4 cas de décès au service des urgences, 3 cas en traumato-orthopédie, 2 cas en Pédiatrie et 7 cas en Réanimation. Ainsi, le taux de mortalité globale a été de 4,95%.

La profession des pères et des mères

Les pères étaient surtout des vendeurs et des tailleurs (43,57%), les fonctionnaires (22,91%) et les hommes en tenue (12,69%). Les mères
étaient quant à elles en majorité des ménagères (77,4%).

Circonstances de survenue de l’accident

L’accident est survenu dans 44,58% à domicile, 26,63% aux abords immédiats du domicile, 25.70% dans la rue et 3,10% dans les autres lieux.Les accidents se sont produits beaucoup plus les jours ouvrables du lundi à samedi avec une fréquence moyenne de 15,22% pour chacun des 6 jours ouvrables de la semaine. La fréquence des accidents chez l’enfant le dimanche qui est un jour non ouvrable a été de 8,67%. L’étude a montré que la fréquence des accidents le mardi (20,74%), a été très élevée par rapport à la fréquence moyenne pour les 6 jours ouvrables de la semaine. L’accident est survenu dans 90,71% des cas, pendant la journée, avec deux pics de fréquence entre 7 heures et 9 heures dans 29,72% des cas, et entre 16 heures et 18 heures, dans 27,86% des cas.
Des 323 accidents retrouvés chez les enfants dans cette étude, il y a eu 126 AVP et 197 accidents de la vie courante (accidents domestiques, accidents de loisirs, accidents de jeux et des sports…), soit respectivement 39,01% et 60,99% des accidents chez l’enfant. En considérant l’ensemble de ces accidents retrouvés, ils ont été par ordre de fréquences décroissantes : l’AVP (39,01%), les intoxications (13,93%), les jeux, les sports et les loisirs (11,76%), les brûlures (11,46%), les chutes dans les puits ou d’une hauteur (9,91%), les morsures ou griffures d’animaux et piqûres (8,98%) et les corps étrangers (4,95%) (Tableau I).

Si on considère les accidents de la vie courante tous seuls, ceux qui ont été trouvés au service des urgences de l’HGRN ont été surtout : les intoxications surtout ingestions de médicaments, de pétrole et de la paraphénylène diamine (22,84%), les jeux, les sports et les loisirs (19,29%), les brûlures (18,78%), les chutes (16,25%), les morsures ou griffures d’animaux et les piqûres (14,72%) et les corps étrangers (8,12%). Les enfants âgés de 0 à 5 ans ont été victimes de tous les types d’accidents. La tranche d’âge de 6 à 10 ans a été surtout victime des AVP, des chutes et des morsures ou griffures d’animaux domestiques. Enfin, la tranche d’âge de 11 à 15 ans a été surtout victime des AVP et des accidents de jeux, des sports et de loisirs. L’AVP a concerné toutes les tranches d’âge. En dehors des AVP et des accidents de loisirs, des sports et de jeux où la totalité des accidents se sont produits dans la rue et aux abords immédiats du domicile, le reste des accidents chez l’enfant s’est produit dans la majeure partie des cas à domicile dans 44,58%. Dans la majorité des cas 50,46% (163/323) l’accident est causé par une tierce personne. L’environnement matériel immédiat est intervenu dans 33.43% (108/323) des cas. Les accidents provoqués par les enfants eux-mêmes ont été retrouvés dans 16,10% des cas. 

La clinique

Les différentes lésions rencontrées chez les enfants accidentés ont été : les plaies chez 59,75 des enfants, les fractures des membres chez 14,86% d’enfants, les contusions et/ou hématomes chez 6,19 % d’enfants et les autres lésions de natures diverses ont été retrouvées chez 19,19% d’enfants. Quand il s’est agi de lésions uniques (moins de 2 lésions), le siège des lésions a été dominé par la tête chez 30,65% d’enfants avec 15,59% d’enfants ayant eu la lésion au niveau du visage et 14,86% au niveau du cuir chevelu, et/ou du crâne ou de son contenu. Parmi les lésions de la tête, les cas de traumatismes crâniens avec trouble de la conscience à l’admission au service des urgences étaient au nombre de 26 dont 17 ont été dus aux AVP. Les cas de comas avec score de Glasgow inférieur ou égal à 8 ont été au nombre de 7 : 4 cas de traumatismes crânien isolés et 3 cas de polytraumatismes. Les autres lésions isolées ont siégé par ordre de fréquence décroissante à l’abdomen chez 19,19% d’enfants, à un membre supérieur chez 18,27% d’enfants, à un membre inférieur chez 11,46% d’enfants et au thorax chez 2,17% d’enfants. Deux ou plusieurs lésions qui ont siégé à des parties différentes du corps ont été considérées comme des. Ces lésions de sièges multiples ont été retrouvées chez 18,27% d’enfants.

Discussions

Fréquence, âge et sexe

L’accident chez l’enfant a été un motif fréquent de consultation au Service des Urgences de l’HGRN, car il a représenté 17% des admissions pour urgence pédiatrique médicales et chirurgicales confondues. 323 enfants ont été admis pour pathologies accidentelles. Ce qui représentait une fréquence de et une moyenne de 3 enfants accidentés par jour.Ces résultats sont comparables à ceux de Klouche et coll. [4], à Alger qui ont trouvé que les admissions pour traumatisme accidentel chez l’enfant représentaient 15.8% des entrées totales à l’hôpital Daïra d’Hussein Dey. Gaudeuille et coll. [5], à Bangui ont trouvé une fréquence inférieure de 3,75% des urgences pour adultes et enfants.Le traumatisme accidentel chez l’enfant constitue à N’Djamena un problème de santé publique majeure, parce que la moyenne de 3 victimes par jour, ne représente qu’une partie visible l’iceberg, car il existe de nombreux cas de traumatismes chez les enfants qui ne sont pas acheminés au Service des Urgences de l’HGRN. Certains enfants victimes d’accidents ont été soignés dans d’autres structures sanitaires de la ville ou sont restés tout chez eux parce que les lésions étaient jugées minimes. Au Tchad où il est répandu dans la population que les rebouteux traitent mieux fractures que les médecins, un nombre assez important d’enfants ayant été facturés a dû être traité par ces rebouteux. De nombreux cas d’amputation chez les enfants-suite aux traitements de fractures par les rebouteux souvent constatés en témoignent. De plus, il existe de traumatismes graves qui se sont soldés par les décès (cas de noyade et autres accidents) sur le lieu de l’accident et qui n’étaient pas arrivés au service des urgences. Dans ces cas les corps sont inhumés sans être présentés à la morgue de l’hôpital.La tranche d’âge de 0 à 5 ans, touchée dans une proportion de 46.74%, a été la plus concernée par les accidents. Plusieurs auteurs ont fait le même constat. Klouche et coll. [4], à Alger, Gaudeuille et coll. [5], à Bangui, et KA S. A. et coll. [6], à Dakar, ont obtenu respectivement 58.3%, 36% et42% des cas pour la tranche d’âge de 0 à 5 ans qui était la plus touchée. L’étude a montré que tous les types d’accidents concernaient cette tranche d’âge.Les traumatismes par accidents sont une pathologie fréquente chez l’enfant âgé de 0 à 5 ans. Le manque de surveillance des enfants dans cette tranche d’âge serait la cause principale selon tous les auteurs. Comme les enfants ne connaissent pas ce qui est dangereux pour eux, il est important d’assurer leur surveillance attentive permanente. La construction des garderies devra être une des solutions à envisager.Dans cette étude, 201 enfants victimes d’accidents étaient de sexe masculin, soit une fréquence de 62,22% et un sex-ratio de 1,64. Klouche et coll. [4], ont obtenu une prédominance masculine similaire de 62,9% et un sex-ratio de 1,7. Fabien Lo Re et coll. [7], en Nouvelle Calédonie ont aussi obtenu un sex-ratio de 1,6. La prédominance masculine est classiquement retrouvée dans toutes les études faites sur les accidents chez les enfants. Cela pourrait s’expliquer par le fait que le garçon est généralement plus agité, plus agressif et plus brutal par rapport à la fille.

Les conditions socio-économiques des parents 49,23% des enfants traumatisés par accident ont appartenu à des familles qui ont 2, 3 ou 4 enfants et 43.34% des enfants ont appartenu à des familles qui ont un nombre d’enfants supérieur ou égal à 5. Ces résultats sont superposables à ceux trouvés par Gaudeuille et coll. [5], qui ont été de 48,8% d’enfants traumatisés accidentellement dans les familles qui ont eu un nombre d’enfants compris entre 2 à 4 enfants et 42.1% des enfants traumatisés dans celles qui ont eu un nombre d’enfant supérieur à 5.Klouche et coll. [4] ont obtenu des chiffres différents mais allant dans le même sens avec une fréquence de 63,87% d’enfants traumatisés par accident dans les familles qui ont eu 2, 3 ou 4 enfants et 18% dans les familles ayant un nombre d’enfant supérieur à 5. On pourrait dire que dans les familles où il y a plus d’un enfant, il y a plus de risque d’accident pour les enfants. Cela pourrait s’expliquer par des jeux dangereux auxquels les enfants se livrent quand ils vivent souvent nombreux dans les familles où il n’y a pas de surveillance rigoureuse.Dans cette étude, il a été trouvé que 77,4% des mères ont été des ménagères sans profession fixe, et se livrent à a débrouillardise, et que 66,48% des pères ont été des personnes qui exercent des activités permanentes (fonctionnaires, commerçants et couturiers). KA S. A. et coll. [6], à Dakar, ont obtenu un résultat semblable avec 74% des mères sans profession alors que 67% des pères ont été des fonctionnaires, des ouvriers et des commerçants. De même Klouche et coll. [4], ont trouvé dans leur étude 87.6% de mères sans profession et 64.5% de pères employés, ouvriers qualifiés et commerçants.Les mères sans profession n’ont souvent personne pour surveiller les enfants aux heures où elles vont au marché et où elles s’occupent des travaux domestiques. Ce qui expose les enfants au risque d’accident. Le fait que les pères qui travaillent ne sont pas à la maison pour surveiller les enfants au moment où les mères font les travaux domestiques,augmente le risque d’accident surtout chez les enfants âgé de 0 à 5 ans dont la plus part ne va pas à l’école. Le niveau de vie bas de beaucoup de couples, qui ne leur permet pas d’avoir de moyens pour payer une personne qui surveille les enfants en leur absence, expose ceux-ci aux accidents fréquents. La création des crèches et des garderies publiques pourra faire diminuer la fréquence des accidents dans cette tranche d’âge.

Les circonstances de l’accident

L’étude a montré une fréquence élevée de traumatismes par accidents à domicile (44,53%), Cette fréquence élevée de traumatismes par accidents à domicile est superposable aux résultats trouvés par KA S. A.et coll. [6], et par gaudeuille et coll. [5], qui ont été respectivement 43,60% et 45%. L’étude menée par Klouche et coll. [4], a permis d’obtenir une fréquence de 34,6% d’accidents domestiques, inférieure à celle trouvée dans cette étude. Du fait d’un environnement souvent dangereux à domicile(tables et chaises mal rangées, puits non protégés, médicaments mal gardés, l’eau chaude laissée à la cuisine…), presque toutes les études ont montré que le domicile constitue un lieu dangereux pour l’enfant si l’organisation et la surveillance sont défaillantes au niveau de la famille. En France, l’accident survient dans la majeure partie des cas à domicile, surtout à la cuisine [8]. Si en France c’est l’ignorance et la curiosité qui, amènent les enfants à se faire brûler à la cuisine, cette étude a montré que l’enfant tchadien est brûlé à la cuisine pour les mêmes raisons, mais aussi parce qu’il est souvent à côté de sa mère quand celle-ci allume la lampe contenant du pétrole très explosif qui est en réalité, un mélange de pétrole et d’essence, acheté sur le marché de la contre bande. Il pourrait être brûlé parce que quand il a faim, il va tout le temps à la cuisine pour voir si ce qu’on prépare à manger est près. Très souvent certaines femmes laissent à la cuisine, l’eau chaude au feu sans faire attention aux mouvements des enfants dans la cuisine.Les abords immédiats du domicile (26,63%.), ont constitué le deuxième lieu où se sont produits les accidents parce que les enfants se livrent aux jeux et font les loisirs dans les espaces ou les rues, situés généralement près de leur domicile. Cela, àcause du manque des aires de jeux et des espaces réservés pour les loisirs dans la ville.Il a été trouvé dans cette étude que beaucoup d’accidents se sont produis les jours ouvrables, du lundi à samedi (une fréquence moyenne de 15,22% pour chacun des 6 jours ouvrables de la semaine), et que moins d’accidents (8,67% des cas) se sont produis le dimanche qui est un jour non ouvrable. Le même constat a été fait par Gaudeuille et coll. [5], et par KA et coll. [6], qui ont enregistré un nombre moindre d’accidents pendant le jour non ouvrable, respectivement 7 ,3% et 6,6% d’accidents. Klouche et coll. [4],,, ont trouvé une fréquence de 15.7 % d’accident le dimanche qui n’est pas un jour ouvrable en Algérie.Le nombre d’accidents très inférieur le dimanche, s’explique par le fait que pendant ce jour, les parents sont à la maison, ce qui leur permet de mieux surveiller les enfants.Dans cette étude, les accidents se sont produits plus dans la journée entre 7 heures et 18 heures dans 90,71% des cas. Klouche et coll. [4], à Alger, KA S. A.et coll. [6], à Dakar et Messadi et coll. [9], à Tunis, ont obtenu les fréquences d’accidents pendant la journée, respectives de 91%, 87 % et 85% proches de celle trouvée dans cette étude. Ce taux d’accident élevé durant la journée montre que les activités de l’enfant se font surtout le jour. Deux pics de fréquence ont été notés dans la journée pendant cette étude : entre 7 heures à 9 heures où il y a eu 29,72% d’accidents et entre 16 heures à 18 heures où il y a eu 27,86% d’accidents. La fréquence élevée des accidents chez l’enfant entre 7 heures et 9 heures s’expliquerait par le fait qu’à cette période de la matinée, les enfants vont à l’école, souvent sans un accompagnateur, et peuvent être victimes d’AVP. C’est aussi à cette période de la matinée que les mères, en majorité ménagères sans profession dans cette étude, vont au marché, laissant les enfants sans surveillance le plus souvent. La fréquence élevée d’accidents entre 16 heures à 18 heures correspond aux heures où les enfants se livrent à des jeux, à des loisirs et à des sports qui sont parfois dangereux. Cette étude a montré que l’enfant a été impliqué dans son propre accident dans 16% des cas, une tierce personne dans 50.46% des cas et l’environnement immédiat dans 33.44%.KA S. A. et coll. [6], ont obtenu de résultats similaires. Dans leur travail l’enfant a été impliqué dans son propre accident dans 18.3%, une tierce personne dans 48% et l’environnement immédiat dans 33.7% des cas. kloucheet coll. [4], ont trouvé dans leur étude un résultat très différent. Pour ces auteurs, l’enfant a été impliqué dans son propre accident dans 70.4% des cas, l’environnement matériel dans 17.3% et unetierce personne dans 12.4% des cas.La fréquence élevée des accidents impliquant une tierce personne à N’djamena pourrait s’expliquer par le fait que les AVP ont été les premières causes de traumatismes accidentels chez l’enfant.

Types d’accident

Il y a eu 126 AVP et 197 accidents de la vie courante, soit respectivement 39,01% et 60,99% des accidents chez l’enfant au service des urgences.

Si on considère tous les types d’accidents, les plus fréquents ont été par ordre d’importance : l’AVP, les intoxications, les accidents de jeux, des sports et de loisirs, les brûlures, les chutes, dans les proportions respectives de 39,01%, 13,93% et 11,76%, kloucheet coll. [4], ont trouvé que les chutes représentaient l’accident le plus fréquent suivi des brûlures et des AVP dans des proportions respectives de 44.9%, 18.5% et 18,3%.La fréquence élevée des AVP dans l’étude menée à N’Djamena s’expliquerait par le fait que, très souvent, les usagers de la route se comportent comme si le code de la route n’existe pas au Tchad. Chacun circule comme il veut, ce qui et à l’origine de beaucoup d’accidents. La plus part des conducteurs de véhicule n’ont pas de permis de conduire, et de ce fait, ne font pas attention aux enfants qui ne savent pas généralement traverser la route. Aussi, le fait que les enfants jouent le football dans les rues aux abords immédiats de leur domicile, est cause parfois d’accidents. Pour diminuer la fréquence des AVP, tout un programme d’éducation pour la sécurité routière pour les enfants doit être mis en place dans les écoles maternelles, les écoles primaires, les lycées et les collèges, car l’étude a montré que toutes les tranches d’âge étaient concernées par les AVP. Les campagnes d’information en direction des parents, pour que les enfants soient bien accompagnés à l’école. Au niveau de la police, le contrôle de la circulation routière doit être efficace. . Les autorités municipales ont donc l‘obligation de construire les espaces de jeux pour les enfants.Pour les accidents de la vie courante, la fréquence (60,99% des accidents chez l’enfant), a été plus élevée que celle des AVP dans cette étude. Les plus fréquents ont été les intoxications (22,84%), les jeux, les sports et les loisirs (19,29%), les brûlures (18,78%) et les chutes (16,25%). KA S. A.et coll. [6], ont trouvé que les chutes représentaient les accidents les plus fréquents suivi des intoxications et des brûlures respectivement dans 19.2%, 18.5% et 16.0%.gaudeuille et coll. [5], en Centrafrique, ont trouvé que l’accident le plus fréquent chez l’enfant est la brûlure suivi des intoxications dans de 38.5%, 34.4% des cas. La différence entre les résultats des différentes études serait due aux habitudes de vie et au comportement des populations dans lesquelles les études ont été faites. Selon tous les auteurs, la plupart des accidents chez l’enfant surviennent en l’absence des parents. Les campagnes pour que des mesures de prévention efficaces soient menées dans la population doivent être faites vigoureusement.Les intoxications qui ont été le 2ème type d’accidents rencontrés ici. Elles ont représentés 13,93% de tous les accidents rencontrés chez les enfants et 22,84% des accidents de la vie courante. Les produits souvent rencontrés ont été : les médicaments et le pétrole qui sont toujours malgardés par les parents. Mais l’intoxication accidentelle chez l’enfant qui devient de plus en plus préoccupante à N’Djamena, parce qu’elle est très mortelle, a été l’intoxication à la paraphénylène diamine. Sur 6 enfants intoxiqués à ce produit qui est utilisé par les mères pour les tatouages, 2 étaient décédés. Les campagnes contre l’utilisation de ce produit très toxique que beaucoup de jeunes femmes utilisent à des fins d’autolyse aujourd’hui, doivent s’intensifier. A côté des accidents de loisirs, de jeux et des sports qui ont été fréquents après les intoxications, mais qui posent moins de problèmes dans la prise en charge, il y a eu les brûlures et les chutes qui sont une préoccupation permanente. Les chutes dans les puits sont assez fréquentes, car le réseau d’adduction d’eau de N’Djamena est limité au centre de la ville, laissant la population des zones périphériques creuser des puits mal protégés dans lesquels tombent très souvent les enfants.

Les lésions traumatiques

Les lésions sont dominées par les plaies avec une fréquence de 59.75% suivi des fractures dans 14.86%. Gaudeuilleet coll.[5], ontobtenu presque les mêmes fréquences avec respectivement 58% des cas de plaies et 13.7% de cas de fractures. Les résultats trouvés ici sont légèrement différents de ceux de Klouche et coll. [4], qui ont trouvé une fréquence de 53,6% pour les plaies, suivi des contusions (12,5%) et des fractures (5,4%). Dans cette étude, les principaux sièges des lésions ont été la tête et les membres qui ont été atteints dans les mêmes proportions respectives de 30% et 29,70% des cas. Le même constat a été fait par kloucheet coll.etgaudeuille coll., qui ont trouvé respectivement 33,6% et 36% pour la tête, et 34,2% et 27% pour les membres [4, 5]. Tous les auteurs estiment que la fréquence élevée des lésions au niveau de la tête est due au fait que le centre de gravité de l’enfant, est haut situé, et qu’au moindre déséquilibre, l’enfant tombe vers le sol. Aussi, les morsures ou griffures d’animaux domestiques et les piqûres (14,72% des accidents de vie courante dans cette étude), se produisent souvent au niveau de la tête. De plus, la plupart des agressions accidentelles se produisent au niveau de la tête du fait de la taille de l’enfant. Enfin, le siège des lésions a été la tête 41,2% des cas dans les AVP. Pour Gaudeuille et coll., le siège des lésions a été les membres dans 83.3% des cas les AVP [5].

Prise en charge thérapeutique

L’étude a montré que, les premiers gestes de soins sur le lieu de l’accident, n’ont pas été chez 78,33% des enfants accidentés. Ces premiers gestes de soins ont été effectués par les parents chez 7,74% d’enfants, par les professionnels de la santé chez 9.29% d’enfants et par les radi-thérapeutes chez 4,64% d’enfants.Fabien L. V et coll. [7], ont retrouvé dans leur étude que les parents ont effectué les premiers gestes sur le lieu de l’accident dans 57.2% des cas et le traitement n’a pas été effectué dans 20.1% des cas.Messadi et coll. [9], en Tunisie ont retrouvé que 57.2% des premiers gestes étaient effectués par les parents sur le lieu de l’accident.Le taux élevé des enfants accidentés qui n’ont reçu aucun traitement dans cette étude est dû au fait que la population n’est pas formée à N’Djamena pour connaître les premiers gestes à faire en cas d’accident. En cas de formation des parents, il faudra insister sur l’abandon des mauvais gestes tels que : donner du lait à boire ou introduire deux doigts dans l’oropharynx pour provoquer le vomissement en cas d’intoxication et répandre les œufs frais ou de la pâte dentifrice sur les lésions en cas de brûlure. Les tradi-thérapeutes qui traitent souvent les enfants d’une façon inadéquate (contention trop serrée des fractures créant souvent le syndrome de Wolkman, pansement des brûlures avec un mélange fait de bouse et de poils de lièvre entraînant l’infection et le tétanos parois, doivent également être formés. Dans 41.17% des cas, le délai entre la survenue de l’accident et le début du traitement à l’hôpital a été inférieur à 1 heure, dans 80,80% des cas ce délai a été inférieur à 3 heures alors que dans 6.50% des cas le délai de prise en charge après la survenue de l’accident a été supérieur à 24 heures. KLOUCHE et coll. [4], dans leur étude, ont retrouvé que dans 63.9% des cas le délai entre la survenue de l’accident et le début du traitement a été inférieur à 3 heures et que dans 16.1% des cas ce délai a été supérieur à 24 heures. Le fait que la majorité des patients ont été pris rapidement en charge s’explique par le fait que quand il s’agit d’un enfant accidenté les parents réalisent que c’est grave et qu’il faut aller rapidement à l’hôpital que N’Djamena n’est pas une très grande ville. . La présence d’un service d’aide médical d’urgence (SAMU) allait raccourcir davantage ce délai.Connaissant les types d’accidents et les tranches d’âge souvent concernées, il faudrait prendre des mesures de prévention efficaces et apprendre à la population, les gestes utiles à faire en urgence. Le réflexe condamnable bien connu des tchadien qui consiste à conduire un enfant fracturé chez le rebouteux avant de venir à l’hôpital en cas de complication (gangrène ayant conduit à l’amputation ou au décès), doit être efficacement combattu.

Evolution

75.85% des enfants victimes d’accident ont regagné le domicile après le traitement au service des urgences et 20.49% des enfants accidentés ont été hospitalisés dans cette étude. traoréet coll., à Bamako [10].ont trouvé que c’est 8.2% des enfants accidentés recensés dans les structures sanitaires de Bamako qui ont été hospitalisés.Kloucheet coll. [4], à Alger ont trouvé que c’est 7.1% des enfants accidentés qui ont été hospitalisés. Le nombre important d’enfants accidentés hospitalisés à N’Djamena, s’expliquerait par le nombre important des cas d’accidents graves notamment les AVP, les brûlures graves, les chutes dans les puits et les intoxications à la paraphénylène diamine qui sont des intoxications toujours très graves. Au cours de cette étude, il y a eu au total 16 décès, soit un taux de mortalité globale de 4,95%. La mortalité dans cette étude était surtout due aux AVP, aux brûlures et aux intoxications à la paraphénylène diamine. KA S. A.et coll. [6], à Dakar, ont trouvé un taux de mortalité supérieur à la nôtre de 6,8%. Dans leur étude les accidents les plus fréquents étaient les brûlures, suivis des AVP. Au Tchad, en 2003 une étude menée sur la mortalité pédiatrique en réanimation à l’HGRN de N’Djamena par Kaboro et coll [11], sur une période de 5 ans, a montré que les accidents chez les enfants ont représenté 53,22% des hospitalisations chez les enfants et le taux de mortalité était de 26.77% chez les enfants accidentés. Les accidents les plus fréquents étaient les brûlures, les accidents de la voie publique et les chutes dans les puits.

Conclusion

L’accident chez l’enfant a représenté 17,08% des consultations d’urgence pédiatrique au service des urgences de l’HGRN et a touché surtout les enfants de moins de 5 ans. Il y a eu un nombre important d’accidents domestiques et des cas fréquents d’AVP chez les enfants. Seule une prévention active pourrait contribuer de manière efficace à réduire la fréquence de ces accidents. Tous les établissements qui assurent la formation des enfants doivent enseigner un programme qui contiendra les règles basiques de la sécurité routière. Il faudra enseigner au grand public la conduite à tenir en cas d’accident pour diminuer la gravité initiale de l’accident. Il faudra mener des campagnes d’information et d’éducation en direction des parents afin qu’ils surveillent mieux leurs enfants et rendent moins dangereux leur environnement. Les campagnes fréquentes de prévention routière en direction du public et le renforcement des mesures de sécurité dans les lieux fréquentés par les enfants sont nécessaires.

Tableau 1

Références

  1. Roussey M. Accident et intoxication chez l’enfant. Revue santé Maghreb. 2002 ; vol. 41, 22 : 623-750
  2. Suprano I., Ughetto F., Paut O. Accidents domestiques chez l’enfant2003 Elsevier SAS. Conférences d’actualisation 2003, p. 705-724.
  3. Pascal G .R . Les accidents de l’enfant en France. Ed. Inserm, coll. question en santé publique, juin 2001 ; 201
  4. Klouche, Atek, Larbi A. Accidents chez l’enfant à Alger. Rev. Santé Maghreb 2001 ; 64 : 617-71.
  5. Gaudeuille A., Bobossi-Serengbe G., Kolouba J.M. ; Mandaba J.L. Epidémiologie des accidents chez l’enfant à Bangui (Centrafrique). Revue Méd. d’Afr. Noire, 2002 ; 49 : 557-560.
  6. Ka S.A., Imbert P., Niang A., Barro M., Guyon P., Debonnej. M. Epidémiologie des accidents chez l’enfant à Dakar (Sénégal). Revue Méd. Afr. Noire, 2002 ; 62 : 328-344.
  7. Fabien .L.V . Accident chez l’enfant en Nouvelle Calédonie. Thèse de médecine, Nouvelle Calédonie 1992 ; 93.
  8. Cremer R., Mathieu-Nolf M. Epidémiologie des intoxications de l’enfant. arch. Ped., 2004 ; 11 : 677-79.
  9. Messadi A., Bousselmi K., Khorbi A., Chelbi M., Ouelati S. Etude prospective de l’épidémiologie des brûlures de l’enfant, Annals of burns and fire disasters, Tunis 2004 ; 28 : 376-8.
  10. Traore E. : Etude épidémiologique descriptive de la pathologie accidentelle des enfants dans le district de Bamako, Mali, en 1988. Thèse de médecine, Bamako, 1988 ; No45.
  11. Kaboro M., Sile M., Ngariera R. La mortalité pédiatrique en réanimation à l’HGRN de N’Djamena (Tchad), J. Magh A. Réa 2004 ; 47 : 201 -205

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