Ophthalmological emergencies in Borgou hospital

octobre 2014, par Odoulami Yehouessi L , Assavedo A , Nkok H , Tchabi S , Doutetien C

Introduction

Les urgences ophtalmologiques (UO) désignent les atteintes de l’œil, de ses annexes et des voies optiques qui mettent en jeu le pronostic fonctionnel de l’œil dans de brefs délais si elles ne sont pas prises en charge immédiatement et de façon adéquate. Classées en UO traumatiques et en UO non traumatiques, elles regroupent des entités cliniques variées [1]. Elles représenteraient ainsi 5% des urgences générales reçues dans un centre hospitalier. A cet effet, les services d’urgence des pays développés ont été restructurés avec codification par un arrêté ministériel de l’accueil et du traitement des urgences [2]. Par contre, en Afrique et au Bénin en particulier, bien que les urgences constituent l’un des motifs fréquents de consultation en milieu hospitalier, peu de données sont disponibles dans la littérature. Ceci justifie notre intérêt pour cette étude qui vise à décrire le profil des urgences ophtalmologiques au Centre Hospitalier Départemental du Borgou (CHD-B).

Patients et méthodes

Il s’agissait d’une étude rétrospective, descriptive et analytique réalisée dans le service d’ophtalmologie du CHD-Borgou, du 1er Juillet 2010 au 30 Juin 2013. Elle a consisté au recrutement des dossiers de tous les patients reçus en consultation durant la période d’étude. Nous avons considéré comme urgence ophtalmologique, toutes les situations cliniques de baisse d’acuité visuelle brutale et/ou d’œil rouge douloureux. Les UO traumatiques ont désigné les urgences survenant dans un contexte de traumatisme, que le mécanisme soit direct ou non. Quant aux UO non traumatiques, ce sont celles survenues en dehors de tout contexte traumatique. Ont été inclus dans l’étude, tous les dossiers de patients qui, après examen, ont présenté une pathologie reconnue comme une UO. Les dossiers de patients ayant été admis pour une pathologie non urgente de même que les dossiers inexploitables n’ont pas été inclus dans cette étude. Les variables sociodémographiques et cliniques ont été étudiées. La confidentialité et l’anonymat vis-à-vis des informations reçues des patients ont été préservés. Les données ont été analysées et traitées à l’aide du logiciel EPI Info7. Les tests de khi 2 de Student et de Pearson ont été utilisés pour établir des comparaisons. Un seuil de significativité de 0,05 a été retenu.
Résultats
Sur les 4923 nouveaux patients admis durant la période d’étude, 210 cas d’urgence ophtalmologique ont été retenus, soit une fréquence de 4,3%. L’âge des patients a varié entre 4 jours et 83 ans et l’âge moyen des patients était de 28,6 ± 18 ans. Une prédominance masculine a été observée avec 151 cas (72%) contre 59 cas (28%) pour le sexe féminin et la sex-ratio était de 2,6.
Le tableau 1 montre la répartition des cas selon le délai d’admission et le type d’urgence

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Les figures 1et 2 illustrent respectivement les causes d’urgences non traumatiques et traumatiques.

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L’atteinte oculaire a été unilatérale gauche dans 97 cas (46%) et bilatérale dans 30 cas (14%). 67 yeux avaient une acuité visuelle initiale sans correction inférieure à 1/10ème. Toutes les structures du globe ont été atteintes avec par ordre de fréquence, la cornée (98 cas), l’iris (49 cas), la rétine (38 cas), les paupières (35 cas), la conjonctive (35 cas), la choroïde (22 cas), le vitré (17 cas), le cristallin (15 cas), la sclère (13 cas), les voies lacrymales (12 cas), le nerf optique (11 cas) et l’orbite (11cas).

Discussion

La fréquence de 4,3% des UO observée dans notre étude était semblable à celle observée par Kaimbo et coll. [2] en RDC (4%). La prédominance masculine a aussi été signalée par divers auteurs comme Kaimbo et coll.[2], Negussie et coll. [3], El-Mekawey et coll.[4], Arshad et coll.[5], Akinsola et coll.[6] dans respectivement 69% en RDC, 72,7% en Ethiopie, 69% en Egypte, 66% au Pakistan et 68% au Nigéria. Ces résultats pourraient être attribué à l’implication des hommes dans les métiers à risque, les accidents sur la voie publique et les rixes. L’âge moyen dans notre série était similaire à celui rapporté par Kaimbo (26 ± 17 ans) en RDC [2] et par Alotaibi et coll (28,2 ans) en Arabie Saoudite [7].
En ce qui concerne la nature des traumatismes, de nombreux auteurs tels que Assavedo et coll [8] au Bénin, Ayena et coll [9] au Togo puis Dhasmana et coll. [10] en Inde ont abondé dans le même sens avec respectivement 38,6%, 27,6% et 39,7% des traumatismes oculaires. Par contre, en RDC [2] comme aux USA [11], les accidents domestiques étaient majoritaires avec 44% et 44,6%. La prédominance des accidents de la voie publique dans notre étude pourrait s’expliquer par l’augmentation du trafic routier urbain surtout dans une ville comme Parakou en plein développement, le nombre sans cesse croissant des engins à deux roues comme moyen privilégié de déplacement puis le non-respect du code de la route et des mesures de sécurité. Bien qu’il s’agisse d’urgences, 47% des cas ont consulté après plus de 72 heures. De manière semblable en RDC, 40% des patients s’étaient présentés dans un délai supérieur ou égal à 03 jours et 16% entre 01 et 02 jours [2] avec une corrélation entre le délai de consultation et le type d’UO. En effet, la consultation serait plus précoce en cas d’urgence traumatique certainement à cause de la symptomatologie bruyante qu’elle entraîne. La prédominance de l’œil gauche a été signalée par Kaimbo et coll. [2] dans 51% des cas. L’acuité visuelle initiale n’avait pu être mesurée que pour 233 yeux du fait d’un important œdème palpébral empêchant l’ouverture de l’œil, d’une douleur intense et/ou d’une impotence fonctionnelle des patients hospitalisés dans d’autres services. Toutefois, une cécité unilatérale a été observée dans 67 cas avec une AV < 1/10ème. Ce qui confirme que les UO sont des affections graves qui méritent une prise en charge précoce et adéquate. La baisse visuelle était importante aussi bien pour les urgences traumatiques (32 yeux) que non traumatiques (35 yeux). La structure majoritairement atteinte était la cornée (46,7% des cas). Elle est le premier milieu transparent de l’œil et donc la première structure exposée lors d’un contact du globe avec un agent étranger. La proportion d’UO traumatiques (51%) était quasiment identique à celle d’origine non traumatique (49%). Il en était de même pour Kaimbo et coll. [2] en RDC, Qayyum et coll. [12] au Balouchistan puis Filho et coll. [13] au Brésil ont quant à eux, noté des prévalences plus élevées 57,6%, 55% et 73%. Par contre à Lagos [6], ce sont les urgences non traumatiques qui étaient les plus fréquentes (52%). Parmi les urgences traumatiques, les brûlures oculaires étaient les moins représentées dans notre étude tout comme en RDC (1,5%), en Egypte (0,1%) et au Brésil (1,9%) [2,4,13]. Les UO non traumatiques étaient dominées par les uvéites aigues (35%), les kératites (21,3%) et les abcès cornéens (8,7%). Il en était de même pour Kaimbo et coll. [2]. Dans l’étude de Filho et coll. [13], les cas les plus fréquents étaient les kératites (55%) suivies des uvéites aigues (16,8%) et des décollements rétiniens (13,6%).

Conclusion

Les urgences ophtalmologiques étaient relativement fréquentes. Elles étaient aussi bien traumatiques que non traumatiques, intéressant toutes les structures du globe. La nature de l’urgence, le recours tardif aux soins appropriés pourraient être des facteurs de mauvais pronostic fonctionnel.


Références

1. Renard G. Urgences ophtalmologiques. In : Pouliquen Y. Précis d’ophtalmologie. Paris : Masson ; 1983. p. 95-8.
2. Kaimbo Wa Kaimbo D, Spileers W, Missoten L. Ocular emergencies in Kinshasa (Democratic Republic of Congo). Bull Soc belge Ophtalmol. 2002 ; 284 : 49-53.
3. Negussie D, Bejiga A. Ocular emergencies presenting to Menelik II Hospital. Ethiop Med J. 2011 ; 49 : 17-24.
4. El-Mekawey H, El Einen A, Abdelmaboud M, Khafagy A, Eman M, Eltahawy E. Epidemiology of ocular emergencies in the Egyptian population : a five-year retrospective study. Clinical Ophthalmology. 2011 ; 5 955-60.
5. Arshad I, Snaullah J, Muhammad N, Salim K, Shad M. Admitted ocular emergencies : a four year review. Pak J Ophthalmol. 2007 ; 23 : 58-64.
6. Akinsola F, Akinbami O, Aribaba O, Onakoya A, Adefule-Ositelu. A Pattern of ocular emergencies seen at LUTH over a period of 1 year. Nig Q J Hosp Med. 2007 ; 17 : 90-2.
7. Alotaibi A, Essam A, Khalid H, Ahmed M, Khaled K. One month outcome of ocular related emergencies in a tertiary hospital in Central Saudi Arabia. Saudi Med J. 2011 ;32 : 1256-60.
8. Asssavedo R, Tchabi S, Boni S, Ogo R, Doutetien C. Etiologie des traumatismes oculaire au Centre Hospitalier Départemental du Borgou, Bénin. Rev CAMES-Série A. 2011 ; 12 : 142-4
9. Ayena K, Agbo A, Abalo A, Hounkpatin E, Hounkpatin J, Djagnikpo P et al. Les traumatismes oculaires à Lomé. Med Afr Noire.2009 ; 56 : 261-66.
10. Dhasmana R, Bahadur H, Jain K. Profile of ocular trauma in Uttarakhand, a hospital based study. Indian J of Comm Health. 2012 ; 24 : 297-303.
11. McGwin G, Owsley C. Incidence of emergency department–treated eye injury in the United States. Arch Ophthalmol. 2005 ; 123 : 662-66.
12. Qayyum A, Khokhar A, AchakzaI A. Prevalence of Ocular Emergencies in Quetta - Balochistan. Pak J Med & Health Sci. 2009 ; 3 : 195-8.
13. Filho P, Gomes P, Linhares T, Felisberto B, Pinheiro N. Profile of ocular emergencies in a tertiary hospital from northeast of Brazil. Rev Bras Oftalmol. 2010 ; 69 : 12-7.

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