Motivations of sick children’s parents to consult a paediatric emergencies unit other than the one of their place of residence

janvier 2012, par Asse K.V , Akaffou E , Ake-Assi-Konan MH , Seoue MJ , Adonis-Koffy LY , Timite-Konan AM

Auteur correspondant : Dr Akaffou Adja Evelyne. Email : eakaf yahoo.fr

Introduction

Les indicateurs sanitaires pédiatriques de la Côte d’Ivoire, à l’instar de ceux de la plupart des pays d’Afrique noire subsaharienne, lui confèrent un mauvais classement au niveau mondial [1]. En vue de rapprocher les services de santé des populations et améliorer le niveau des prestations sanitaires, l’Etat de Côte d’Ivoire a créé en 1989, dans la commune de Yopougon située au nord de la capitale économique Abidjan, un troisième établissement sanitaire de niveau tertiaire, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Yopougon, en plus des deux premiers déjà existants dans les communes de Treichville et Cocody [2]. Le CHU de Yopougon est doté d’un service de Pédiatrie qui reçoit tous les enfants âgés de 0 à 15ans quelle que soit la pathologie, référés des structures sanitaires de niveau inférieur, conformément à l’organisation du système sanitaire de la Côte d’Ivoire selon le modèle pyramidal avec trois niveaux de référence [3]. Malgré la présence de cet établissement, le constat est que certains parents choisissent d’orienter leurs enfants malades dans les deux autres centres hospitaliers d’Abidjan, beaucoup plus éloignés de leur lieu de résidence par voie routière avec respectivement environ 20km pour Treichville et 18km pour Cocody, prenant ainsi le risque de détériorer l’état de santé déjà précaire de leur progéniture en état d’urgence. Nous avons entrepris cette étude dans le but de déterminer les motivations des parents d’enfants malades résidant dans la commune de Yopougon à fréquenter les urgences pédiatriques des centres hospitaliers universitaires de Treichville et Cocody.

Patients et méthodes

Il s’agissait d’une étude transversale et descriptive qui s’est déroulée du 1er septembre au 31 octobre 2009 à Abidjan, dans les services d’urgences pédiatriques de Treichville et Cocody. Un échantillon prédéterminé de 60 parents d’enfants malades ou leurs substituts, à raison de 30 par CHU ainsi que leurs enfants au nombre de 60 également, a été sélectionné selon la méthode d’échantillonnage accidentelle. Les critères d’inclusion étaient les suivants : résider dans la commune de Yopougon et donner son consentement éclairé pour la participation à l’étude. N’étaient pas inclus dans l’étude, les parents ou substituts ayant refusé d’y participer. Une fois l’urgence de l’enfant levée, le même investigateur procédait à un entretien avec chaque parent inclus puis analysait le dossier médical de l’enfant. L’entretien portait sur les caractéristiques sociodémographiques, les motifs de consultation et les motivations du choix du CHU concerné. L’analyse du dossier médical de l’enfant permettait de collecter les données sur la pathologie en cours chez l’enfant. Les variables étudiées chez les parents concernaient l’âge, le sexe, le lien de parenté avec l’enfant malade, le niveau d’instruction, la profession et les motivations du choix du CHU concerné. Chez l’enfant, il s’agissait de l’âge, du sexe, de l’existence d’une couverture sanitaire et de la pathologie en cours.

La saisie et le traitement des données ont été effectués a l’aide des logiciels STATA version 9 et des logiciels EXCEL et WORD sous WINDOWS 7. Les comparaisons statistiques étaient basées sur le test de Khi-deux avec comme seuil de significativité p<0,05.
Au plan éthique, le protocole de l’étude a été approuvé par la direction médicale et consultative des CHU concernés. Le consentement éclairé des parents ou substituts était requis pour toute participation à l’étude. L’assurance a été donnée aux parents quant au respect de l’anonymat et à la confidentialité des informations fournies.

Résultats

Caractéristiques sociodémographiques de la population d’étude

Durant la période d’étude, les services d’urgences pédiatriques des CHU de Treichville et Cocody ont accueilli respectivement 875 et 538 patients soit un total de 1413. La proportion des enfants dont les parents résidaient dans la commune de Yopougon était de 8,5% (120/1413). Par CHU, cette proportion était de 6,8% à Treichville et 11,1% à Cocody. L’étude des caractéristiques sociodémographiques de la population (Tableau I) a mis en évidence chez les parents ou leurs substituts un âge moyen de 38 ans

Tableau 1

Il s’agissait généralement du père (76,7%). La majorité des parents (75%) avait un niveau d’études secondaires ou supérieures. Au plan professionnel, 48,3% d’entre eux étaient des cadres, 45% étaient des ouvriers ou manœuvres dans le secteur informel et les 6,7% restants étaient constitués de 3 pasteurs et 1 femme au foyer. Chez les enfants, il y avait une prédominance féminine de 56,7% soit un sex ratio de 0,76. Les moins de 5 ans étaient majoritaires avec 73,3% de l’effectif. La plupart des enfants (88,3%) n’avait aucune couverture sanitaire.

Pathologie en cours chez l’enfant

Les principaux motifs de consultation étaient la fièvre (58,3%) et la pâleur (31,7%), suivies des vomissements et difficultés respiratoires dans une égale proportion de 26,7%. Venaient ensuite les convulsions avec 20,0% de l’effectif (Tableau II).

Tableau 2

Le diagnostic de l’affection en cours chez l’enfant a montré que le paludisme (58,3%) notamment la forme grave anémique (33,3%) et les affections néonatales (30,1%) ainsi que les affections broncho-pulmonaires (13,3%) étaient les principales maladies en cause (Tableau III).

Tableau 3

* Les autres diagnostics étaient représentés par des cas isolés de Tuberculose, Convulsion hyperpyrétique, Infection digestive d’origine bactérienne, Rougeole compliquée, Syndrome douloureux abdominal, SIDA pédiatrique, Malnutrition.

Motivations des parents à choisir un service d’urgences pédiatriques
La principale raison de la consultation aux urgences pédiatriques de Treichville ou de Cocody était la référence d’une structure sanitaire de la commune de Yopougon (40,0% des cas soit 24/60). Les principales structures pourvoyeuses étaient les formations sanitaires urbaines à base communautaire (FSUCOM) dans 35,0% des cas, le CHU (21,7%), les infirmeries et cliniques privées (43,3%.). Les autres motivations étaient liées à la capacité d’accueil (31,7%), la rapidité dans la prise en charge (23,3%) et le bon accueil (15,0%). D’autres critères tels que la disponibilité et l’accessibilité du personnel, la présence d’une personne connue au sein du CHU concerné et les coûts abordables étaient évoqués dans des proportions égales de 11,7%. Les critères les moins cités étaient la fermeture transitoire d’un service du CHU de Yopougon et la fréquentation par habitude dans des proportions de 10,0% chacune, la disponibilité du matériel (5%), des médicaments (3,3%) et le conseil de l’entourage dans 3,3% des cas (Tableau IV).

Tableau 4

L’étude séparée des critères de choix par CHU a montré que le second critère après la référence était la proximité du centre national de transfusion sanguine pour le CHU de Treichville (5/30 soit 16,7%) et l’adéquation des soins pour le CHU de Cocody (7/30 soit 23,3%).

Discussion

Notre étude dont le but était de déterminer les motivations des parents à emmener leurs enfants en état d’urgence dans un CHU autre que celui de leur lieu de résidence nous a permis de réaliser indirectement une enquête sur la satisfaction des clients des urgences pédiatriques du CHU de Yopougon. L’analyse des caractéristiques de la population d’étude nous a permis d’établir le profil des parents concernés par cet « exode » – même faible – vers les autres CHU. Il s’agit de parents d’âge relativement mûr (38 ans en moyenne dans notre étude contre 22 à 29 ans dans plusieurs autres travaux réalisés en Côte d’Ivoire) [4 ;5 ;6]. Cette maturité des parents pourrait être à l’origine d’une meilleure prise de conscience sur la santé de leur progéniture. Par ailleurs, la situation d’urgence qui prévaut pourrait expliquer la présence plus perceptible des pères au chevet de leurs enfants malades, contrairement à l’étude de Niangue et coll. portant sur des enfants en milieu hospitalier classique [7]. Nous avons également noté un meilleur niveau socio-économique à travers un niveau d’études et des catégories professionnelles plus élevés, contrairement à d’autres travaux [8 ;5 ;6]. Ceci peut s’expliquer, d’une part par la prédominance des pères qui sont beaucoup plus instruits que les mères, en témoigne le taux de scolarisation en Côte d’Ivoire qui pour les hommes est de 62% et 32% dans le primaire et le secondaire contre 50% et 15% pour les femmes [9], d’autre part par le fait que ces parents relativement plus instruits recherchent une meilleure qualité de soins pour leurs enfants, d’où le besoin pour eux de se rendre dans les structures où ils espèrent recevoir cette qualité. Quant au profil des enfants, il ne diffère pas beaucoup de celui des études antérieures en Afrique subsaharienne avec la classique prédominance des moins de 5 ans [10 ;11]. Cependant, l’inversion du sex ratio en faveur des filles s’oppose à la classique prédominance masculine dans les travaux pédiatriques. Le taux de couverture sanitaire de la population infantile en Côte d’Ivoire n’est pas connu, le système de protection sociale étant majoritairement assuré par l’Etat [12].

Au plan médical, les affections en cause dans notre étude ne sont pas différentes de celles habituellement retrouvées en Côte d’Ivoire comme dans toute l’Afrique subsaharienne. Les motifs de consultation restent dominés par la fièvre et la pâleur [13], le paludisme demeure prioritaire [12 ;14] notamment dans ses formes graves et ce d’autant que nous sommes ici en situation d’urgence. La prépondérance des formes graves anémiques confirme la présence permanente de l’anémie dans la pathologie infantile [15]. La pathologie néonatale garde son importance au sein de la morbidité infantile. Elle occupe en effet la 2e place avec 30,1% dans notre étude, ce taux étant superposable aux 40% relevés dans la littérature [16]. Elle reste dominée par les infections néonatales qui dans notre étude sont également en première place de la pathologie néonatale.
Concernant les motivations des parents à consulter les urgences pédiatriques de Treichville ou Cocody, la principale raison était la référence par une structure sanitaire de la commune de Yopougon. Ceci soulève la question de savoir pourquoi des structures sanitaires d’une commune abritant sur son territoire un CHU, réfèrent vers un CHU d’une autre commune. Considérant la nature de la structure sanitaire qui réfère, la première raison pour ce qui est du CHU de Yopougon lui-même, nous paraît être la saturation de la capacité d’accueil et ceci a été relevé par les parents. D’où la nécessité d’accroître la capacité d’accueil du CHU de Yopougon. La 2ème raison nous paraît être la demande d’un service non disponible au sein du CHU de Yopougon et cela nécessite d’améliorer l’équipement comme les parents l’ont également souligné. Pour ce qui est des structures sanitaires autres que le CHU de Yopougon, il importe d’étudier à partir d’une enquête de terrain, les raisons qui amènent les agents de ces structures à référer directement leurs patients vers d’autres communes. Les autres critères tels que la rapidité dans la prise en charge des patients, le bon accueil, la disponibilité et l’accessibilité du personnel, la présence d’une personne connue au sein du CHU concerné, la fréquentation par simple habitude et l’adéquation des soins, vont de pair avec la qualité des soins et celle-ci nécessite d’être améliorée. Ceci passe par la création au sein du CHU de Yopougon d’un service qualité opérationnel. Pour ce qui est de la proximité du centre national de transfusion sanguine, il faut noter qu’un effort a été fait dans ce sens par la direction du CHU de Yopougon avec l’installation au sein de l’hôpital, d’une unité de transfusion sanguine depuis le 5 juin 2006 [17]. Toutefois, les résultats de notre enquête démontrent qu’il faut maintenir un niveau de provision suffisant au sein de cette unité. Il en est de même pour la disponibilité du matériel et des médicaments de première nécessité et les parents l’ont aussi relevé.

Le critère coût pourra être résolu par la mise en place au plan national, d’un système de couverture sanitaire en privilégiant les enfants de 0 à 15 ans voire jusqu’à la fin de la période de l’adolescence (19-21 ans) avec de préférence, davantage de flexibilité pour les moins de 5 ans. Bien que le conseil de l’entourage soit le critère le moins cité, il ne devrait pas être négligé car l’entourage, en raison d’éventuelles mauvaises expériences déjà vécues et qui englobent souvent divers aspects de la qualité, peut constituer une importante source de dissuasion. D’où la nécessité d’apporter à la population, des informations justes et en temps réel, notamment en ce qui concerne les périodes de fermeture de certains services du CHU de Yopougon, que ce soit pour cause de réfection ou de désinfection.

Conclusion

Les parents sont les premiers appréciateurs de la qualité des soins prodigués à leur progéniture. L’étude de leurs motivations dans le choix d’un service d’urgences pédiatriques, nous a permis de formuler des suggestions. Celles-ci se résument en l’accroissement de la capacité d’accueil, le renforcement de l’équipement, l’amélioration de la qualité des soins et de l’accueil, l’approvisionnement suffisant en produits sanguins et médicaments de première nécessité, la révision des coûts des prestations voire la mise en place au plan national d’une couverture sanitaire favorisant les enfants de 0 à 15 ans et principalement les moins de 5 ans, la diffusion d’informations ciblées à l’endroit de la population. La mise en œuvre de ces suggestions permettra de fidéliser les clients du service d’urgences pédiatriques du CHU de Yopougon. Ceci lui permettra de recouvrer son caractère d’établissement de dernier recours sanitaire au plan national et le rôle premier qui a milité en faveur de sa création, à savoir le désengorgement des 2 CHU préexistants, Treichville et Cocody.

Références

  1. Organisation Mondiale de la Santee. Taux de mortalité infantile en 1990, 2008, 2009 [Internet]. Consulté le 30 août 2011. Disponible sur : http://www.statistiques-mondiales.com/mortalite_infantile.htm
  2. Côte d’Ivoire, ministère de la Santé Publique. Décret ministériel n°89-341 du 5 avril 1989 portant création du Centre Hospitalier et Universitaire de Yopougon.
  3. Côte d’Ivoire. Ministère de la Santee publique. Décret 96-876 du 25 octobre 1996 portant classification des établissements sanitaires publics. Abidjan : JORCI ;1996.
  4. Konan Blé R, Séni K, Akaffou E, Adjoussou S, Fanny M, koné M. pronostic maternel et périnatal du HELLP syndrom au CHU de Yopougon. Annales de la Société Guinéenne de gynécologie Obstétrique (SOGGO) 2007 ; 2:90-4.
  5. Akaffou AE, Konan Blé R, Assè KV, Guié P, Bessekon AB†, Kangah D. Fréquence et facteurs influençant les consultations prénatales dans le district sanitaire d’Abidjan (Côte d’Ivoire). Annales de la Société Guinéenne de Gynécologie Obstétrique (SOGGO) 2010 ; 5:51-6.
  6. Guié P, Bohoussou E, Akaffou AE. Déterminants de la mort fœtale intra-partum a la maternité du CHU de Treichville (Abidjan). Rev. Int. Sc. Med 2007 ;9 : 66-69.
  7. Niangue-Beugre MN, Couitchere L, Cisse L, Kouame Kouakou V, Enoh SJ, Oulai SM, Andoh J. Hospitalisation dans le service de pédiatrie du CHU de Treichville : le vécu des parents. Arch Ped 2005 ; 12:1161.
  8. Assé KV, Akaffou E, Adonis-koffy, Koné-Gbokro OF, Plo KJ. Connaissances, Attitudes et Pratiques des mères d’enfants de 0 à 6 mois relatives à l’allaitement exclusif à Abidjan. Rev Int Sc Méd 2010 ; 12:39-43.
  9. Unicef-Cote d’Ivoire. Statistics. [Internet]. Consulté le 30 aout 2011. Disponible sur : http://www.unicef.org/french/infobycountry/cotedivoire_statistics.html.
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