Noyades accidentelles : analyse de 59 cas au CHU de Treichville

janvier 2012, par Mignonsin D , Ango P , Boua N , Kone N , Konan KD

Introduction

La noyade est une irruption de liquide dans l’arbre respiratoire, générant un syndrome asphyxique [1,2]. Elle serait responsable de 1800 décès par an en France [3]. Elle représentait la 2ème cause de mortalité par accident chez les patients âgés de 1 à 19 ans aux USA après les accidents de la route [4]. La noyade pose un problème de santé publique en termes de mortalité et de morbidité [2]. L’absence de données statistiques chez nous, nous a emmené à réaliser ce travail. Les buts étaient de décrire le profil épidémiologique, clinique et évolutif après traitement des patients admis pour noyade accidentelle en Réanimation polyvalente du CHU de Treichville (Abidjan).

Patients et méthode

Ce travail rétrospectif descriptif et analytique a porté sur les dossiers des patients admis dans le service d’Anesthésie Réanimation du Centre Hospitalier et Universitaire (CHU) de Treichville, de Janvier 2004 à décembre 2010. Ont été inclus tous les patients victimes d’unenoyade accidentelle. Ceux décédés à l’arrivée étaient exclus. Les paramètres analysés ont été : les caractéristiques épidémiologiques, les données cliniques et évolutives. Les données ont été collectées sous la base d’une fiche d’enquête individuelle.La saisie des données a été faite et analysées à l’aide de logiciel EPI Info, les paramètres sont exprimés en moyenne ± déviation standard (DS).

Résultats

Cinquante-neuf (59) dossiers ont été colligés dans le service durant la période de l’étude. La répartition en fonction de l’âge de ces patients a été présentée sur la figure 1.

Figure 1

L’âge moyen des patients était de 14,4 ± 1,2 an avec des extrêmes allant de 2 à 35 ans. Les patients de moins de 20 ans représentaient 88,13% de l’effectif, avec un pic entre 10 et 20 ans (66,1%). On notait 45 sujets de sexe masculin (76,27%) et 14 de sexe féminin (23,72%), soit un sex-ratio de 3,21.La noyade avait eu lieu, en mer (64,40%), en lagune (22,03%), en eau stagnante usée (8,47%) et en piscine (5,08%). La prise en charge pré hospitalière a été faite par les secouristes de la plage (83,05%). Le transfert des patients en réanimation a été assuré par les sapeurs-pompiers (n=39), le SAMU (Service d’Aide Médical d’Urgences) (n=2) ou par un conducteur particulier (n=18).Le tableau clinique était dominé par la dyspnée (n=49), l’angoisse (n=49), les frissons (n= 10), l’arrêt cardiorespiratoire (n=6), et une hypothermie à 35°C (n=59). Les signes de gravité et la prise en charge hospitalière ont été résumés dans le tableau I.

Tableau 1
n= effectif %= Pourcentage

Tous les patients ont été réchauffés et surveillés au plus de 24 heures. Les lésions associées étaient : un traumatisme crânien (n=2), une fracture de côte associée à une contusion pulmonaire (n=1) compliquée d’un SDRA (Syndrome de détresse respiratoire aigüe) et une fracture du membre supérieur (n=5). La radiographie pulmonaire et la gazométrie ont mis en évidence respectivement des opacités nodulaires diffuses (n=48 ; 81,35%), une hypoxémie (une saturation située entre 90 et 96%) et une hypercapnie (PaC02 > 35 mmHg) (n=32 ; 54,23%). Quarante-sept (47) patients ont été guéris, 9 autres ont été transférés dans les services suivants : en neurologie médicale (n=2), en traumatologie (n=5) et en chirurgie pédiatrique (n=2). La noyade a été mortelle lors de certaines activités et n’impliquait que des hommes : trois décès au cours d’un voyage par le fleuve, 1 lors d’un bain dans la mer et 1 enfant de 3 ans dans une piscine privée abandonnée. La durée moyenne de séjour était de 1,4 ± 1,3 jour.

Discussions

La noyade a été trois fois plus fréquente dans le sexe masculin. Cette prédominance masculine a été rapportée par la plupart des auteurs en Thaïlande [5], aux Etats Unis [6] et en France [2, 13, 9]. La pratique d’activités à risque chez les hommes telles que : la pêche, le travail de matelot sur des petits engins de transport maritime, lagunaire et fluvial, la pratique des sports aquatiques au cours des sorties détentes, expliquaient les lésions associées. Ces lésions étaient représentées par les fractures de côtes, les traumatismes crâniens et les fractures de membres dans cette population prédominante.L’accident avait eu lieu en eau de mer pour la majorité chez des adolescents dont l’âge se situait entre 10 et 20 ans. Ailleurs [4, 5], on note une prédominance des patients dont l’âge varie entre 6 mois et 13 ans [5], et un pic situé entre 0 et 4 ans [7,14], avec un taux qui augmente de 0,4% par année dans cette même tranche d’âge [12]. Aux USA et en Europe, il s’agissait des nourrissons à cause de la fréquence élevée de piscines privées et de baignoires [9]. Ses lieux de baignade en nombre très important, ne respectaient pas les normes de protections requises, telles que la pose de clôtures et de palissades, exposant non seulement la vie des enfants [11, 10], avec décès [15, 14], mais également constituerait un facteur de risque environnemental qui favoriserait la survenue d’accident par noyade [7].La majorité des patients ont été reçu à un stade moins grave (stade 1 et 2), donc dans un état clinique satisfaisant, et cela grâce à la précocité d’intervention des secouristes. Cette précocité est due au faite qu’il existe des maîtres-nageurs formés à la prise en charge des noyés. Ses secouristes sont aidés par les sapeurs-pompiers et également par le SAMU. Les autres victimes sont noyées soit à des heures où la baignade n’était pas surveillée, soit en eau douce où il n’existait pratiquement pas de maîtres-nageurs sauveteurs. Ce qui explique le stade avancé (stade 3 et 4) dans lequel ceux-ci ont été reçu. Ailleurs ce taux est bas (35%) [5], parce que la majorité des patients provenait des piscines privées et n’impliquait que les enfants, où il n’y a ni sauveteurs, ni parents à proximité. Environ 8,47 décès pour 100 patients ont été relevés au cours de cette étude, ses décès étaient le plus souvent liés aux lésions associées et au délai le plus souvent long de prise en charge. Il s’agissait d’un accident survenu à la suite d’une forte tornade de pluie, avec projection des occupants sur le rebord de la barque. Ses lésions comme les traumatismes crâniens, du rachis et de côtes constituaient des causes importantes de mortalité et de morbidité au cours des noyades [16]. En France ce taux de mortalité restait élevé (38%) [9] et impliquait que des enfants noyés dans une baignoire ou dans des piscines privées, où les parents étaient pratiquement absents. Ses enfants constituaient plus de la moitié de sa population.

Conclusion

La noyade est un accident grave, fréquent chez le sujet jeune. Elle nécessite des manœuvres de réanimation précoces par des équipes de secours. Les mesures préventives efficaces telles que les campagnes de sensibilisation, permettront de réduire la mortalité.

Références  

  1. Ronchi L, Gautron M. Noyade in Kamran-Samii, Anesthésie Réanimation chirurgicale. 2ème édition Flammarion. P 1666-1670.
  2. L’Her E, Moriconi M, Bouquin V, Boles JM. Noyade In Réanimation médicale. Masson, Paris, 2001, P. 1543-1548.
  3. Shaw KN, Briede CA, Submersion injuries : Drowning and near-drowning. Emerg Med Clin N Amer 1989, 7 : 355-370.
  4. Brenner RA, Trumble AC, Smith GS, Kessler EP, Overpeck MD. Where children drown, United States, 1995. Pediatrics. 2001 ; 108(1):85-9.
  5. Susiva C, Boonrong T. Near-drowning in pediatric Respiratory Intensive care unit, Siriraj Hospital. J. Med Assoc Thai. 2005 ; 88 (8) : S44-7.
  6. Hwang V, Shofer FS, Durbin DR,Baren JM. Prevalence of traumatic injuries in drowning and near drowning in children and adolescents. Arch Pediatr Adolesc Med. 2003 ; 157(1):50-3.
  7. Browne ML, Lewis-Michl El, Stark AD. Unitentional drownings among New York State residents, 1988-1994. Public Health Rep. 2003 ; 118(5) : 448-58.
  8. Ermanel C, Ricard C, Bertrand Thélot, Surveillance épidémiologique des noyades accidentelles en France au cours de l’été 2003. Institut Veille Sanitaire. BEH N°10. Mars 2004
  9. Maurin C, Labourel H, Ladwig M, Menthonnex E. Unintentionnal drowning in fresh water. Presse Med. 2006, 35(6) : 936-40.
  10. Thompson DC, Rivara FP. Pool fencing for preventing drowning in children.Cochrane Database Syst Rev. 2000 ;( 2):CD001047.
  11. Villers D. Hypothérmies accidentelles de l’adulte. In Réanimation Médicale, Masson ed, Paris 2003, pp 1535-1539.
  12. Edmond Karen M, Attia John R, D’Este A Catherine, Condon John T. Childhood injuries : Drowning and near-drowning inNorthern Territory children. MJA 2001 ; 175 : 605-608.
  13. Ermanel C, Ricard C, Bertrand Thélot, Surveillance épidémiologique des noyades accidentelles en France au cours de l’été 2004. Urgence Pratique 2005 ; 69 : 49-52
  14. Joseph MM, King WD, Epidemiology of hospitalization for near-drowning. South Med J. 1998 ; 91(3) : 253-5
  15. Pitt WR, Balanda KP. Childhood drowning and near-drowning in Brisbane : the contribution of domestic pools. Med J Aust. 1991 ; 154(10) : 661-5.
  16. Giustini M, Ade P, Taggi F, Funari E. Accidents in recreational waters. Ann Ist Super Sanita. 2003 ; 39(1):69-76.

La vie de l'Anesthésie