Epidemiological aspects of patients admitted in the intensive care unit of Niamey National Hospital.

octobre 2014, par Daddy H , Adehossi E , Gagara M , Bako Maiga A F , Foumakoye Gado A , Sani R , Sanoussi S

Introduction

La réanimation, qu’elle soit médicale ou chirurgicale a pour but de faire face à des situations potentiellement réversibles. Les services de réanimation polyvalente assure comme mission la prise en charge des patients présentant ou susceptibles de présenter une ou plusieurs détresses vitales. Les progrès en médecine de ces dernières années permettent désormais de maintenir en vie pendant des semaines voire des mois, des patients qui auraient autrefois été en phase terminale. L’objectif de notre étude est d’analyser le profil épidémiologique des patients admis en réanimation de l’Hôpital National de Niamey (HNN).

Matériels et méthode

Il s’agit d’une étude rétrospective réalisée à l’Hôpital National de Niamey (HNN) du 1er Janvier 2010 au 31 Décembre 2013, soit quatre ans. Ont été inclus tous les patients admis en réanimation pendant la période d’étude. Les variables suivantes ont été analysées : l’âge, le sexe, la provenance, les aspects cliniques, paracliniques, thérapeutiques et l’évolution. Les données ont été traitées et analysées par les logiciels Word 2007 et Epi info version 3.5.4

Résultats

Notre étude a concerné 1157 patients admis dans le service de réanimation. L’âge moyen était de 34,63+/-23,37 ans avec des extrêmes allant de 6 mois à 103 ans. Le sexe masculin prédominait avec 62,22%, soit un sexe ratio de 1,6. La tranche d’âge la plus représentée était celle de 20-39 ans avec 34,22% des cas, suivie des moins de 20 ans avec 30,94% des cas. Les sujets âgés de plus de 60 ans représentaient 13,56%. (Figure n°1)

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Les patients provenaient de différents services avec une prédominance du bloc opératoire (58,77%), des urgences chirurgicales (17,37%). 10,11% des patients étaient des admissions directes et 4,75% venaient du service des urgences médicales (Tableau I).

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Les motifs d’admission étaient dominés par les nécessités de soins post opératoires (58,77%), suivies des pathologies traumatiques (14,60%), les affections neurologiques et cardiovasculaires représentaient respectivement 9,93% et 6,39%. On note 0,43 % d’intoxications médicamenteuses. (Tableau II).

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Nous avons enregistré 73,37% cas d’admission chirurgicale qui étaient dominées par la chirurgie digestive (17,02%) suivies de la chirurgie traumatologique (10,63%) et de la neurochirurgie (9,07%). Les causes d’admission médicales représentaient 26,62% dominées par les accidents vasculaires cérébraux (9,93%), suivis de l’hypertension artérielle (6,39%) et de l’asthme aigue grave (3,11%). Les détresses vitales enregistrées étaient cardiovasculaires (4,49%), respiratoires (2,85%) et neurologiques (2,42%). Du point de vu biologique l’hémogramme a été réalisé chez tous les patients. La glycémie et le bilan rénal respectivement chez 45% et 43,30% des patients. La transfusion sanguine a été effectuée chez 22,73% des patients (le seuil transfusionnel Hg≤7g/dl). La radiographie pulmonaire a été réalisée dans 10, 97% de cas, l’échographie abdominale dans 8,03% de cas. Seulement 4,40% des patients ont bénéficié du scanner. Tous les patients ont eu une analgésie ; 84,35% une antibiothérapie. 75,28% des patients ont bénéficié d’une sédation et 5,79% des vasopresseurs. La durée moyenne d’hospitalisation était de 4,45 jours avec un taux de décès de 28,34%.

Discussion

Dans notre série, l’âge moyen des patients était de 34, 63 ans, avec des extrêmes allant de 6 mois à 103 ans .La tranche d’âge la plus rencontrée était celle de 20-39 ans avec 34,22% de cas suivie de celle des moins de 20 ans, 30,94% de cas. Dans notre série les patients étaient jeunes (âge moyen 34,63 ans), plusieurs études confirment la prédominance de l’adulte jeune économiquement actif : Diouf. E et coll. à Dakar et Konan.K.J. et coll. en Côte d’Ivoire avec respectivement 30,47 ans et 34,3 ans. [1, 2] En France, Misset. B et coll. trouvent 56 ans [3] La faible proportion des sujets âgés de notre série, pourrait s’expliquer par l’espérance de vie à la naissance qui selon OMS est de 59 ans au Niger. [4] Le sex-ratio en faveur du sexe masculin, se retrouve dans d’autres études de la sous-région notamment à Dakar et en Côte d’Ivoire avec respectivement un sex-ratio de 1,2 et 1,15 en faveur des hommes [1, 2]. Ceci peut s’expliquer par la très grande activité du service de traumatologie à prédominance masculine dans nos hôpitaux et particulièrement à l’Hôpital National de Niamey. Plusieurs études trouvent que les hommes sont plus souvent victimes d’accident de la voie publique que les femmes avec des sex-ratios pouvant aller jusqu’à 8 [5]. Au Niger, Chaibou .M.S et coll. trouvent un sex-ratio de 5,5. [6]. Dans notre série les patients issus du bloc opératoire de chirurgie réglée et de chirurgie d’urgence dominaient. Ceci s’expliquer par le fait que tous les patients ayant présenté une complication per-opératoire (anesthésique ou chirurgicale), ceux ayant fait l’objet de chirurgie lourde et les drépanocytaires sont admis en réanimation pour surveillance continue. Dans une étude d’évaluation des services de soins intensifs à partir de l’évaluation du score SAPS III à l’admission des patients, la plus grande proportion de patients provenant du bloc opératoire (38,5%) [7]. Dans notre série les patients provenant du service des urgences chirurgicales représentaient 17,37%. Une étude multicentrique réalisée en Grande Bretagne de trouve que 26,3% des patients provenaient des urgences. [8] Les résultats de l’étude du groupe italien sur la qualité des interventions en soins intensifs (GiViTI) en 2005, montraient que 25,5% d’admissions provenaient des urgences chirurgicales [9]. Dans notre série les urgences médicales viennent en dernière position avec 4,75% des cas. Diouf. E et coll. n’ont trouvé que 3,39% de cas provenant des urgences médicales. [1] Ce taux s’explique par le fait que la plupart des patients de ce service sont orientés directement vers le service de médecine interne pour hospitalisation et de la sélection faite pour l’admission de certains patients en réanimation comme les accidents vasculaires cérébraux vu le nombre de lits limités de notre unité. Nos motifs d’admission sont très diversifiés. Les admissions provenant du bloc opératoire viennent en première position avec 58,77% de cas, suivies des pathologies traumatiques avec 14,60%. Diouf. E et coll. trouvent respectivement 30,24% et 24,69% [1]. Dans notre étude les causes d’admission chirurgicale (73,37%) sont nettement supérieures aux causes d’admission médicale (26,62%). Konan.K.J.et coll. en Côte d’Ivoire trouvent 53,50% de causes d’admission chirurgicale et 46,40% d’admission médicale. [3] Ouédraogo N. et coll. Au Burkina Faso 70,05% pour les causes d’admission chirurgicale et 79% pour les médicales [10]. Les motifs d’admission en réanimation à travers le monde sont multiples et variés. C’est d’ailleurs ce qui a conduit à la nécessité de catégoriser les services de réanimation en polyvalente, médicale, chirurgicale, neurochirurgicale et pédiatrique. Les principaux motifs peuvent être essentiellement regroupés dans les catégories respiratoire, cardiovasculaire, neurologique et traumatique. Les différents résultats retrouvés montrent une prédominance des cas chirurgicaux (pour plus de 50%) par rapport aux cas médicaux : 40 à 43% [7,9,11,12]. Dans toutes les réanimations à travers le monde, les traumatismes occupent une place particulière de par leur fréquence et leur gravité [5,9,13]. Dans notre série les causes d’admission chirurgicale étaient respectivement de 17,02% et 9,07% pour la chirurgie digestive et la neurochirurgie. Ouédraogo N. et coll. trouvent 73,3% et 13,3%. [10]. Dans notre série, pour les causes d’admission médicale, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) prédominent avec 9,93%. Ce taux des AVC est largement inférieur à ceux trouvés par Konan.K.J. et coll., Ouédraogo N. et coll. et Lemeshow.D et coll. respectivement 26,30%. 33,11% et 21,05% [3, 10,14]. Cette différence s’explique par la faible capacité de notre unité de réanimation (quatre lits) imposant une sélection des patients. Le scanner
était réalisé dans 4,40% des cas. Chaibou. M.S et coll .au Niger trouvent 38,46% [6]. Cette différence pourrait s’expliquer par le fait que leur étude s’est consacrée uniquement sur la prise en charge du polytraumatisme alors que nôtre échantillon est constitué d’une diversité de pathologies ; à ceci, s’ajoute le coût relativement élevé du scanner dans un pays où la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’évolution est marquée par une mortalité de 28,34%. Ce taux de mortalité est comparable à ceux retrouvés par Ben Yacoub et coll. (Maroc), Tchoua et coll (Gabon) avec respectivement 30% et 27,8% [15,16]. Les taux de mortalité observés en réanimation sont plus élevés que dans les autres services partout à travers le monde [1]. Ce taux est très important comparé à celui d’autres pays de l’Europe et de l’Amérique où il varie entre 8 et 20% [1,7,9], Cela se comprend par la gravité des cas admis en réanimation, par la pénurie en matériel de réanimation dans nos pays en voie de développement où la plupart des patients ne dispose pas d’assurance maladie.

Conclusion

Cette étude rétrospective sur le profil épidémiologique des patients admis en réanimation fait ressortir que le service de réanimation prend en charge une population jeune. Les suites post opératoires et les pathologies traumatiques dominaient, un taux de décès comparable dans la sous-région malgré le sous équipement. L’amélioration de cette situation passe par une modernisation de l’unité et aussi un accent particulier sur la formation du personnel


Références

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